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13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 20:07

Allez, hop, puisqu’il faut se réveiller, attaquons-nous à des sujets dont le commun des mortels se bat l’œil, se tape le coquillard, se fiche comme de l’an quarante...

Née en Amérique du Nord, où elle a passé les 2/3 de son histoire, il y a 40 millions d’années, la lignée des canidés a profité du PETM (1), puis de l’apparition de plaines ouvertes à partir de 30 millions d’années et l’évolution des chevaux, également originaires de ce continent.
On connait 177 espèces fossiles et 37 espèces actuelles, de la taille d’une fouine (20 cm à l’épaule, moins de 1 kg) à celle d’un grand félin (90 cm au garrot et 75 kgs).
Moins carnivores que les chats, dont ils n’ont pas les griffes rétractiles, mais plus que les ours, dont ils n’ont pas la taille, sans doute meilleurs coureurs que les hyènes auxquelles ils ressemblent beaucoup, les plus grands pratiquent la chasse sociale, qui les prédispose sans doute à s’allier à l’homme.
Ils partiront d’Amérique du Nord il y a environ 7 millions d’années pour y retourner plus tard pour certaines espèces.

Le genre Canis, auquel appartient le Loup (Canis lupus), a connu une expansion soudaine il y a 1,8 millions d’années, avec le milieu de la steppe à mammouth dû au glaciations.
Le loup est, après son cousin le Renard roux (Vulpes vulpes), le mammifère dont l’aire de répartition est la plus vaste : tout l’hémisphère nord. Son descendant, le chien domestique, a été le premier animal domestiqué, en Eurasie (2), il y a environ 100 000 ans dit la génétique, 15 000 selon le patrimoine enfoui.
La découverte de tombes israéliennes de 12 000 ans où homme et chien sont enterrés l’un contre l’autre montre l’état d’avancement de la domestication.
On ne sait pas pourquoi l’homme a apprivoisé puis domestiqué le loup, et, sans doute pas pour le manger, même si de nombreux peuples, Gaulois y compris, se nourrissaient et se nourrissent encore du chien. Auxilliaire de chasse ? Compagnon ? Aucune preuve n’est vraiment convainquante. Le patient travail d’élevage a abouti à d’innombrables races plus différentes de l’ancètre sauvage que chez n’importe quel animal. Car tous les chiens appartiennent à la même espèces, aussi variés soient-ils. Ils gardent, comme les autres animaux domestiques, des caractères juvéniles à l’état adulte, comme une face plutôt courte et un cerveau de taille plus réduite. Ils surpassent pourtant le loup et le chimpanzé dans la compréhension des gestes et expressions humaines, qualité pour laquelle ils ont été sélectionnés et améliorés.
Le chat, invité il y a 9000 ans à chasser nos souris reste plus sourd à nos appels. Nous reparlerons de sa lignée dans un prochain article.

                                 Le nain paléontologue.

Principale source : Dogs, X. Wang, R.H. Tedford, M. Anton, Columbia University Press, 2008.

(1) Maximum Thermique du Paléocène-Éocène. A peu près le même type d’évolution du climat que nous connaissons aujourd’hui.
(2) Comme, vraissemblablement les chats, moutons, chèvres et autres vaches...

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19 octobre 2008 7 19 /10 /octobre /2008 17:13

Échappons-nous un peu en ces temps de crises...
Avant la paléontologie, ma passion c’est l’ornithologie. Profitons-en..!

Je ne me lasse pas d’admirer les surprenantes ocelles (taches en forme d’yeux) présentes sur le plumage de certains oiseaux. Les faisans portent les plus élaborées. 4 espèces sont illustrées dans cet article, toutes proches des paons.

Chez les éperonniers ( photo n°1, éperonnier chinquis, Polyplectron bicalcaratum ), des zones de la plume comportent des barbes légèrement incurvées qui forment une surface doucement bombée, bien visible sur la “coupe” ( j’ai séparé des barbes pour la photo n°2,  éperonnier napoléon, Polyplectron emphanum ). Des couleurs “structurales” (1) alliées à ce léger relief suffisent à créer les ocelles aux reflets changeants qui parsèment leur livrée.
Chez l’argus géant ( Argusianus argus, nommé d’après le géant Argus aux cent yeux, document n° 4 ), les plumes sont rigoureusement planes ( image n°3 ). Ce sont les motifs colorés qui reproduisent lumière et contre-lumière  du volume. Aucun phénomène structural ici, tous les tons sont pigmentaires (2).
Chez les paons enfin ( paon bleu, Pavo cristatus, document 5 ), un centre laisse voir le pigment noir, vite environné d’effets irisés, passant du bleu au violet, suivis d’un grand ovoïde pigmenté de beige frangé de grandes barbes ornementales, aux barbules vertes plus ou moins bronzées ( n° 6 ).
Notons que sans la présence des pigments noirs, les fines structures de kératine, bien visibles sur la septième photographie d’un paon blanc domestique, sont inopérantes, et la plume ne reflète que la lumière du jour, blanche.

Comment expliquer la venue de ces structures hyper complexes reproduisant le réel (des yeux) sur le corps d’un animal qui ne s’en rend même pas compte ?
Le mérite en revient à l’évolution qui agit à travers les femelles des espèces considérées. Celles-ci, sans le savoir bien sûr, cherchent le reproducteur ayant les meilleurs gènes... Comment le choisir ?
Par son plumage par exemple ; complexe, coloré ( il a trouvé suffisament de nourriture pour le produire ), fourni, brillant ( il a triomphé des maladies et des parasites), donc voyant et encombrant ( il a su éviter les prédateurs ). Chaque mâle de faisan étale devant ses partenaires potentielles ses ailes et sa queue (éperonniers ), ses ailes ( argus ) ou sa roue (plumes du dos chez le paon ), mettant en valeur ce qui n’étaient à l’origine que de simples taches contrastées ( voir les tragopans, autres faisans ). Leur nombre varie d’environ 150 pour les paons à plus de 500 pour les argus, en passant par les 300 de certains éperonniers.
La femelle est d’autant plus impressionnée que les plumes sont longues et les ocelles abondantes. Une course aux armements s’est enclenchée au fil des millions d’années : la lignée des faisans s’est lancée sur une pente dangereuse. La traîne du paon ou la queue de l’argus peuvent dépasser 1,50 m, et les rémiges des ailes de ce dernier atteindre 80 cm. Ces attributs sexuels secondaires pourraient finir par compromettre la survie des espèces. Les déplacements rapides et le vol, encore possibles pour ces animaux, deviennent plus malaisés quand la pluie imbibe le plumage ; les tigres aiment le paon mouillé (ou pas d’ailleurs ).

Qui sait jusqu’où iront les hasards de l’évolution si l’homme ne fait pas subir à ces volatiles le sort de l’argus biponctué ( s’il a existé ) dont on ne connait qu’un fragment de rémige provenant de la patrie d’origine d’un des argus si menacés.

                                                                      Le nain paléornithologue.
Photos de l’auteur.

(1) “Structural”, terme qui ne veut pas dire grand chose du point de vue physique, mais qui en ornithologie signifie qu’au dessus d’une couche renfermant un pigment noir qui absorbe la majorité des longueurs d’ondes, la structure de la plume comporte une couche formée de microlamelles qui piègent et réfléchissent les couleurs métalliques perçues par notre œil.
(2) Les pigments (matières colorées) absorbent toutes les ondes lumineuses exceptées celles que l’on voit, qui sont réfléchies
.

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4 octobre 2008 6 04 /10 /octobre /2008 12:04

Ah ah ! Les moteurs de recherche vont chauffer...

Pas d’évocation ici du nanisme, produit bien souvent par un problème hypophysaire, ni du gigantisme (le mot ne s’emploie d’ailleurs plus), cette croissance excessive qui peut avoir bien des causes. Ces épiphénomènes ne jouent quasiment aucun rôle dans l’évolution. Non, je vais m’intéresser aux espèces “naines” ou “géantes” en me limitant aux primates (nous, quoi !).

Ils sont encore au cœur de nombreux mythes. Les cryptozoologues (1) estiment qu’ils existent : Yéti au Népal, Migou au Tibet, Almasti dans le Caucase, Sasquatch au Canada, Bigfoot aux USA, Yowie en Australie, Mande barung en Inde, Malpingari au Brésil, Sajarang gigi en Indonésie... Ces énormes primates sont déclarés vus presque chaque année et leurs produits dérivés se vendent bien.
Côté minuscules, l’Orang-pendek habiterait à Sumatra, et j’en citerai un autre tout à l’heure... Je fatigue, là.


Pour les scientifiques, des primates exceptionnels ont bien existé, trop anciens sans doute pour que des histoires puissent le raconter...
- Les gigantopithèques, 2 espèces de 4 et 2 millions d’années, pourraient, avec des dimensions supposées allant jusaqu’à 3 m de hauteur et 400 kg, avoir engendré le mythe du Yéti. Mais à part leurs dents presque 2 fois plus grandes que celle du gorille, utilisées communément dans le pharmacopée chinoise, et quelques gros fragments de machoires, on n’en connait quasiment rien. C’étaient peut-être des nains à grosse tête...
- Le méganthrope, d’environ 2/3 de la taille d’un gigantopithèque (2, 50 m et 300 kg tout aussi supposés), pourrait être un homme, Homo paleojavanicus, apparenté à Homo erectus, et n’est lui aussi connu que par quelques fragments robustes de crâne et de machoires de 2 ou 1 million d’années... Il tendrait à prouver que le complexe erectus comportait des formes très variables, allant du mètre cinquante de georgicus au volume d’un gorille... Mais là encore, rien de clair, et c’est beaucoup trop vieux.
- Homo floresiensis, le Hobbit, comme il est souvent surnommé (1 m à 1,10 m, 16 à 28 kg), est un candidat plus sérieux à la paternité de l’Ebu gogo, cette “grand-mère qui mange de tout”, si présente dans les propos des habitants indonésiens de la petite île de Flores. Sa découverte en plusieurs squelettes bien conservés dans une grotte est si troublante que la polémique sur le fait de savoir si ce sont des sapiens modernes atteints de déséquilibres thyroïdiens ou autres, des descendants d’Homo erectus (vraissemblablement présents sur l’île il y a environ 840 000 ans comme l’attestent des outils de pierre) atteints de nanisme insulaire (2) ou une espèce du type “Homo habilis”, chez qui la taille était bien faible, n’est pas éteinte. Cependant, même 18000 ans, ça fait un bail...
 

Aurions-nous besoin de nous inventer ogres et lutins en espérant qu’ils existent dans des régions (de moins en moins) reculées de la planète ? A ce stade, ces êtres sont des “objets linguistiques” que les sciences humaines doivent explorer.
La conclusion sera super philosophique : la recherche a du pain sur la planche et les amateurs de pseudosciences de beaux rêves devant eux.


                                                                                        Le nain paléontologue


(1) La cryptozoologie étudie des animaux “cachés” dont l’existence n’est connue que par des indices de valeur contestable : du mokèlé-mbembé (dinosaure africain) au monstre du Loch Ness. La photo ci-dessous où des militaires américains exhibent leur trophée, un reptile volant de l’ère secondaire, est un exemple d’un des nombreux canulards qui encombrent le web.
(2) Nanisme insulaire : évolution habituelle quand un territoire est limité et dépourvu de grands prédateurs. Les gros animaux réduisent leur taille au vu du peu de ressources et les petits l’augmentent. La présence simultanée d’un éléphant de la taille d’un petit buffle et d’un rat de la taille d’un chat sur Flores il y a 18000 ans semblent accréditer cette thèse.
Sources partielles : “Le plus petit humain”, Kate Wong, et “Chasse au yéti sur Flores ?”, Pierre Lagrange, Pour la science n° 329, mars 2005.

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18 septembre 2008 4 18 /09 /septembre /2008 18:30


Juillet 1997.
Un paysan chinois dégage un fossile. Ce n’est pas sans danger.
Pour le fossile, qui reçoit un méchant coup de pioche ; pour le paysan, qui risque 2 à 3 ans de prison pour vente à l’étranger d’un des précieux trésors de la Chine ; pour les sciences, enfin.

A l’aide de l’empreinte, de la contre-empreinte et d’une autre plaque fossilifère contenant un autre animal, habilement collées, il va fabriquer une pièce qu’un revendeur achètera en juin 1998 et revendra 80 000 dollars à Stephen et Sylvia Czerkas, directeurs du musée des dinosaures de Blanding, Utah, au début de l’année 1999.
La majeure partie de la chimère consiste en l’avant d’un oiseau à dent (nommé plus tard Yanornis) et la queue d’un raptor déjà connu (Microraptor) fait le reste. Mais pour les Czerkas, prêts à en faire la pièce maîtresse de leur musée, elle est le “chaînon manquant” tant attendu entre les dinosaures et les oiseaux (1).

Le problème c’est qu’ils sont des artistes ; ils sculptent et écrivent des livres sur les animaux disparus, mais n’ont pas les diplômes qui leur permettraient d’étudier, de nommer et de publier la découverte d’une nouvelle espèce. Il leur faut une caution scientifique.
Ils vont solliciter leur vieil ami P. J. Currie, consultant du National Geographic.
La rédaction du périodique, estimant que la réputation de Currie est un gage suffisant de sérieux, accepte de co-parrainer les recherches sur le fossile - un spécialiste chinois, Xu Xing, est contacté - et de laisser les Czerkas co-signer l’article avec le directeur artistique, donc pas un journaliste, de la publication.
Un projet d’article est aussi esquissé pour Nature, la plus grande revue scientifique, avec Science, aux USA.

Leurs obligations vont amener Currie et Xu Xing à expédier leur expertise, non sans émettre quelques réserves que les Czerkas, trop impliqués dans le projet, passent sous silence auprès de la revue, qui tient par ailleurs à rester discrète et rapide pour réaliser un scoop.
Nature se désengage de l’affaire faute de garanties suffisantes.
C’est donc avec un bel aplomb qu’en novembre 1999 Archeoraptor liaoningensis (le “raptor très ancien du Liaoning”) prend son envol dans les pages du prestigieux mensuel (2).
Vite, cependant, le spécialiste chinois livre des conclusions accablantes : le spécimen est au mieux composite, au pire falsifié.
Le National Geographic mène alors une contre-enquête. Les négligences sont pointées dans 5 longues pages d’excuses publiées 11 mois après le premier article (3).
Oh, pas que cela remette en cause les origines dinosauriennes des oiseaux, mais cela a permis  à nombre d’opposants à cette théorie, comme Alan Feduccia, paléontologue et auteur (4), de jubiler... un temps.
Pour lui, les dinosaures à proto-plumes n’en sont pas. Leur “duvet” n’est qu’un reste de fibres de peau, pas des ébauches de plumes. Plus : “Archeoraptor est seulement la partie émergée de l’iceberg (...). J’ai entendu dire qu’il y a une fabrique de faux fossiles en Chine du Nord Est, dans la province du Liaoning (...). Le trafic de fossiles chinois est devenu une grosse affaire (...) pour d’énormes sommes d’argent (5).
Soit, il y a un trafic de fossiles.
Pas forcément des faux. Les recherches menées depuis ces déclarations ont conforté la filiation entre une branche de dinosaures carnivores à plumes et nos amis ailés... Peut-être trouvera-t’on bientôt un intermédiaire aussi satisfaisant que ceux (dont certains dorment dans des coffres ; n'oublions pas qu'un fossile d'archéoptéryx, "chaînon manquant" validant la théorie de l'Évolution, avait subi une tentative de destruction) entre les reptiles mammaliens et les mammifères (6).
On se rend compte que dans chaque camp, comme souvent, le premier prétexte venu est bon pour étayer un point de vue qui peine à s’imposer, et tant pis si la vérité est écornée.
L’argent ou la perspective d’en gagner (si le fossile avait été authentifié comme dinosaure volant, il aurait pu être encore revendu à 1 millon ou un million et demi de dollars) fait souvent oublier bien des principes de précaution...


                                                    Le Nain paléontologue
 


(1) Voir photo. Document National Geographic.
(2) Des plumes pour T. rex ? National Geographic France, vol 1.2, n°2, nov. 1999.
(3) Contre-enquête sur l’”Archeoraptor”, National Geographic France, n°13, oct. 2000.
(4) The origin and evolution of birds, Yale University Press, 1999.
(5) Discover, volume 24 n°2, janv. 2003. Traduit par le nain d’après les propos en anglais qu’il a trouvé sur le web.
(6) Cette digression ne signifie en aucun cas ici qu'A.Feduccia est opposé à l'évolutionnisme.

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12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 22:46

                         Joli poisson cuirassé, non (1) ?

Dévoilé en 2008 (2), mais âgé de 380 millions d’années, le dévonien supérieur, il appartient à la classe des Placodermes, depuis longtemps disparue. Celui-ci renfermait un embryon non né avec son cordon ombilical.
Ce n’est pas un scoop de trouver un poisson vivipare, certains requins et raies le sont actuellement, mais aussi ancien : non !
Il y a plus : on l’a nommé Materpiscis (Mère-poisson) attenboroughi (de Sir David Attenborough, naturaliste et homme de télévision anglais qui parla le premier en 1979 dans une de ses séries télévisées du site australien de Gogo où la découverte a été faite).
Un petit cumulard ce David... En 1993, on lui dédiait un plésiosaure, Attenborosaurus, en 1998, une nouvelle espèce d’échidné (un monotrème, mammifère qui pond des œufs) de Nouvelle-Guinée, Zaloglossus attenboroughi, et maintenant un poisson qui mettait au monde des petits vivants !

Si c’est une tradition de la taxonomie (3) de dédier à un grand de ce monde une espèce belle, intéressante ou exceptionnelle, comme le nénuphar géant Victoria regia [les temps changent : Steven Spielberg a son ptérosaure ou Marc Knopfler, le chanteur de Dire Straits, son dinosaure], il y a longtemps que l’argent s’est invité dans le système. Le nom Diplodocus carnegii, d’après le milliardaire américain Andrew Carnegie (également philanthrope, lui) qui avait financé la campagne de fouilles, marquait vers 1900 l’arrivée du mécénat d’entreprise, qui, depuis, a fait son chemin. En 1989, les suédois Atlas Copco, qui vendent du matériel de construction, se voyaient attribuer le dinosaure Atlascopcosaurus. A quand le Nikesaure ou l’Ikeatherium, pour redorer le blason de telle ou telle multinationale ?
Avec Sir David, qui fait aimer la nature à la BBC depuis plus de cinquante ans, nous restons chez les amis des sciences...
Mais que ferait-on sans argent me direz-vous ?
Eh oui : aujourd’hui, bien naïfs seraient ceux qui oublieraient que derrière chaque programme de recherche se cache un parrainage industriel parfois bien envahissant. A défaut de s’en offusquer, il faut espérer que la méthodologie et l’éthique scientifique n’en souffrent pas trop (4), mais j’en doute.

                                                                Le Nain paléontologue

(1) Document AFP / Getty Images.
(2)
http://scienceblogs.com/pharyngula/2008/05/materpiscis_attenboroughi.php
(3) Taxonomie ou taxinomie, une science qui a pour objet d’identifier les organismes vivants et de les nommer pour qu’ils puissent être classés. Le système binominal ou binomial, mis en place par le suédois Carl von Linné au XVIII ème siècle (qui l’avait piqué au français Joseph Pitton de Tournefort) est toujours en vigueur : il comporte le nom de genre (ex. Homo), noté avec une majuscule, et le nom d’espèce (ex. sapiens), toujours avec une minuscule; le tout étant latinisé.
(4) Malheureusement, bien des exemples, comme l’inquiétant documentaire “Le monde selon Monsanto” nous prouvent le contraire...

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5 septembre 2008 5 05 /09 /septembre /2008 20:49


Qui dit chercheurs, dit polémiques...
Prenons l’archéologie : si une erreur quelconque intervient dans une fouille, on doit abandonner le terrain et une autre équipe recommence à zéro. Les rivaux professionnels sont trop heureux de pouvoir discréditer le travail des collègues.
Je ne parle même pas ici de remarques faites en privé ; là, c’est du mitraillage.

Yves Coppens, paléoanthropologue connu, ne se prive pas de proclamer en conférence publique que son collègue Stephen Jay Gould n’était pas “un homme de terrrain”, car il ne partage pas ses idées sur le hasard et les contingences du processus évolutif (1).
Pour lui, sur le terrain, on voit que la complexité des êtres augmente au fil du temps, et que l’évolution ne revient pas en arrière (2). Pour quelqu’un qui n’était pas là lors de la découverte de Lucy en 1974 par M.Taieb et D. Johanson, car il ne faisait pas partie de l’expédition, c’est marrant (je sais, c’est bas et facile, mais marrant).

Tiens, en parlant de Lucy, 3,2 millions d’années, native de l’Afrique de l’Est, en Éthiopie, dans la vallée du Rift : Martin Pickford, proche d’Y. Coppens, récolta en 1975 une molaire fort humaine pour une datation de plus de 5 millions d’années. Cette trouvaille ne cadrant pas avec les théories de l’époque, elle fut malheureusement négligée. Il lui faudra attendre des années de fouilles et l’an 2000, au Kenya, dans des vallées d’effondrement anciennes, pour identifier avec Brigitte Senut le propriétaire de la dent : le “millenium ancestor” Orrorin tugenensis, décrit en 2001, 6 ma.
Mais pas sans mal.
Le Kenya, c’est la chasse gardée d’une dynastie de chercheurs américains puis kényans, les Leakey. Ils y ont découvert nombre de pré-humains et sont fortement impliqués dans la politique du pays. De là à penser que les quelques jours de prison qu’a effectué M. Pickford “pour une affaire de permis de fouilles passablement embrouillée”(3) leur soit imputable... N’oublions pas que le géologue américain J. Kalb avait, dans les années 70, été accusé par ses collègues américains, “d’être un agent de la CIA”, ce “qui eut pour effet de l’écarter et de le déposséder de découvertes majeures faites dans la vallée du Rift”(3). C’qu’on rigole !

Il n’en a pas été de même pour Michel Brunet, français lui-aussi, inventeur d’Abel en 1996, 3 ma et, en 2002, de Toumaï, 7 ma, tous deux trouvés au Tchad, en Afrique de l’Ouest. Les Américains avaient salué ce chercheur qui ne ratisse pas là où tout le monde creuse, d’autant plus que ces deux hominidés ruinaient (au moins en partie) la théorie de l’East side story qu’Y. Coppens avait popularisée. C’est un éthologue hollandais, A. Korlandt, qui en avait eu l’idée. Son vulgarisateur l’abandonnera en 2002 (4), peu après la découverte de Toumaï, alors que celle d’Orrorin l’avait consolidée un an plus tôt.
Brigitte Senut, persuadée de la validité de cette théorie, a en conséquence traité Toumaï de vielle femelle de gorille, tenant Orrorin pour seul apparenté à la lignée humaine. M. Brunet ne lui a pas fait dire que son protégé n’était qu’une vieille femelle de chimpanzé (5). En général, les fossiles sont tellement fragmentaires ou détériorés, qu’on ne peut en tirer de conclusions définitives quant à leur place dans la phylogénie.

Les débats vont bon train, les arguments des uns et des autres font avancer la... Science... Euh... carrière des chercheurs... Euh... Les deux... Enfin, espérons.

                                                                                          Le Nain paléontologue.

(1) cf. l’article précédent : 2009, année Darwin.
(2) Voir les livres en référence de l’article précédent, pour des exemples qui prouvent le contraire...
(3) Nos ancêtres dans les arbres, La Recherche, septembre 2001, n°345.
(4) Y. Coppens : l’East side story n’existe plus, La Recherche, février 2003, n°361.
(5) Les Dossiers de La Recherche, août 2008, n° 32, déjà cité.

 Document CNRS, fragments d'Orrorin.

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31 août 2008 7 31 /08 /août /2008 17:02

                                                                   2009, année Darwin

Les musées d’histoire naturelle et, gageons-le, les médias célèbreront l’année prochaine le bicentenaire de la naissance de Charles Darwin.
Comme ses idées restent la base de notre compréhension de la diversité du vivant, les offensives contre lui sont nombreuses, et pas qu’aux États-Unis.
En janvier 2007, 2000 exemplaires de l’Atlas de la Création ont été envoyés de Turquie, à titre gracieux, dans autant d’écoles et d’universités de France (1). Luxueux, il juxtapose notamment des photos d’espèces actuelles et fossiles leur ressemblant quelque peu pour montrer qu' elles n’ont pas changé depuis leur création, contrairement à ce que prétend le Darwinisme et sa Théorie de l’Évolution.
C’est que cette théorie, fondée sur le hasard, tant celui des mutations génétiques que des imprévus de l’environnement, ces contingences que racontait si bien le regretté Stephen Jay Gould (2), est bien dérangeante.
Aux States, écarté par deux procès, surtout celui de l’Arkansas en 1981/82, le Créationnisme (qui proclame que toutes les espèces ont été créées d’un seul coup par Dieu il y a moins de 6000 ans) a trouvé une nouvelle voie : l’Intelligent Design (en français, le Dessein Intelligent ou Évolution Dirigée) (1). On ne nie plus les résultats scientifiques , mais on essaie de persuader le grand public que l’histoire des 4 milliards d’années de la vie sur notre planète est l’expression d’un programme concocté par notre créateur...
En France, nous avons aussi nos partisans de l’ID, mais plus prudents, dans un des deux pays laïcs par constitution de l’Union Européenne : ils n’osent pas prononcer le nom de l’auteur du programme génétique qui a mené à notre espèce si complexe.
Anne Dambricourt-Malassé, chargée de recherche au Muséum d’histoire naturelle de Paris, déjà héroïne de roman de fiction scientifique (3), en est la personnalité la plus visible. En 1996 elle réussissait  à publier dans La Recherche, la plus prestigieuse revue scientifique française, un article (4) où elle soutenait qu’un plan embryonnaire initial avait guidé l’hominisation. En 2005, avec un documentaire sur Arte (5), elle remettait le couvert, en prime time, avec des arguments fallacieux mais habiles pour tromper les spectateurs, de nouveau soutenue, quoique moins frontalement que 10 ans auparavant, par notre paléoanthropologue vedette : Yves Coppens (6). La chaîne, qui n’avait rien vu venir, prévenue la veille, avait dû improviser un débat après la diffusion pour contrecarrer la thèse avancée.
Nous ne sommes donc à l’abri de rien...
Que va-t’on célébrer dans les manifestations à venir ? Le découvreur des mécanismes qui président à l’apparition des espèces ? Le scientifique qui a permis à la biologie de tenter de s’affranchir des influences des convictions religieuses de certains chercheurs ? Rappellera-t’on que le tristement célèbre Darwiniwme social n’était en rien contenu dans la pensée du grand Charles ?
Ouvrons l’œil et le bon ! 
                                                                                            le Nain paléontologue.

(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Dessein_intelligent
(2) La vie est belle, les surprises de l’évolution. Seuil, 1989.
(3) Muséum, V. Roy, Fayard, 2006.
(4) Nouveau regard sur l’origine de l’homme, La Recherche n°286, avril 1996.
(5) Homo sapiens, une nouvelle histoire de l’homme.
(6) Rendons-lui cette justice, contrairement à elle, le rôle de l’environnement lui paraît essentiel dans l’évolution de l’homme, mais un mécanisme naturel étrange semble selon lui choisir les bons gènes d’un progrès inéluctable...

Lectures conseillées : Évolution, J.B. de Pannafieu, P.Gries, Xavier Barral, 2007.
Le ver qui prenait l’escargot comme taxi et autres histoires naturelles, J. Deutsch, Seuil, 2007.
                            
Aquarelle de G. Richmond

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17 août 2008 7 17 /08 /août /2008 15:44

Allez, justifions mon pseudo de Nain Paléontologue...
Ce mois d’août est sorti l’intéressant dossier de La Recherche concernant “la nouvelle histoire de l’homme”.
Autre chose que les simplistes “l’Odyssée de l’espèce” ou “Homo sapiens” diffusés sur FR3, qui avaient au moins le mérite de nous rappeler notre affiliation aux grands singes ; les 98,7 % de matériel génétique que nous partageons avec le chimpanzé le confirment : ses ancètres et les nôtres ont un ancètre commun assez  récent.
Ce numéro, rédigé par des chercheurs dont la préface prévient avec justesse que comme “la paléoanthropologie est un champ scientifique vivant, ils ne s’accordent pas toujours”, pose d’emblée le fait que “ l’histoire de l’homme ne sera jamais parfaitement connue”.
On lit dans l’entretien inaugural que “malgré l’acrimonie de certains débats [moi je dirais des polémiques], “il y a presque un consensus en évolution humaine”.
 Pourtant, aux détours des paragraphes, on s’apperçoit que :
- nous ne savons pas comment nous nous sommes mis debout
- les australopithèques ne seraient plus nos ancètres [ça, on le savait]
- la célèbre Lucy (Australopithecus afarensis, 3,4 millions d’années) n’appartiendrait pas à l’espèce à laquelle on l’avait rattachée [aïe]
- Orrorin tugenensis (6 m.a.) pourrait n’être qu’un vieux chimpanzé [trop mal en point]
- le fameux Toumaï (Sahelanthropus tchadensis, 7 m.a.) pourrait n’être qu’une vieille guenon de gorille [c’est l’inventeuse d’Orrorin qui dit ça]
- on ne connaît pas l’ascendance de notre grand père Homo erectus [si c’est bien lui...]
- les origines de l’Homme moderne (Homo sapiens sapiens) se perdent dans de confus brassages génétiques [quel fornicateur celui-là]
- et, entre autres sinon on n’en finirait plus, Néandertal et Sapiens ne se seraient même pas rencontrés en 10 000 ans d’union européenne [mort de quoi, le premier ?].
On aura compris qu’entre les Chinois d’un nationalisme exacerbé qui soutiennent qu’ils ont évolué sur leur sol depuis 2,6, et peut-être 10 millions d’années, sans rapport avec les Africains ou les Occidentaux, et ceux qui disent que pour qu’Homo floresiensis (ce “nain”de 1 m 10, si contesté) ait pu exister, il a fallu qu’Homo erectus soit un as de la navigation 800 000 ans plus tôt, le “presque” “consensus” annoncé est pour le moins fragile.
  Espérons donc que c’est à une lecture attentive de cette revue, voire de sa belle bibliographie, que le grand public se livrera, et non pas à un parcours rapide des gros titres du sommaire -du genre “Homo habilis n’est pas l’ancêtre d’Homo erectus” [ce qui est vrai, au demeurant]- qui risquent de fissurer sa confiance envers la démarche scientifique, si bien illustrée ici dans toutes ces remises en question.
Tant de bandits de grands chemins obscur (antiste)s, tels le Créationnisme ou le Dessein intelligent (évolution dirigée) nous guettent pour nous couper de notre ascendance animale, qu’il faut marteler que c’est dans le cadre de la Théorie de l’Évolution que toute découverte s’interprète, ce que font ici avec bonheur la quasi totalité des auteurs.
A vos kiosques !

(*) Sapiens : en latin, sage ou savant.

Le Nain Paléontologue (qui ne l’est pas, d’ailleurs).

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