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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 17:20

51xo3lMANAL__SS500_.jpgDe retour d'expéditions livresques (entre-autres), le 51kzUkSLgtL SS500nain paléontologue que je suis a pu approcher d'un peu plus près l'histoire de la vie sur Terre depuis 3,460 milliards d'années.

 

Le premier ouvrage conseillé (1) présente par double page les communautés d'espèces-phares de gisements fossilifères caractéristiques d'une époque de notre planète. Les mêmes niches écologiques sont occupées par une multitude d'organismes différents et en même temps semblables... De l'Arthropleura, mille-pattes de 2 m, aux étranges Thylacocéphales, aux affinités problématiques (2), d'extinctions en glaciations, des Reptiles mammaliens aux Humains, ils sont tous là, aussi vrais que l'on peut les restituer aujourd'hui.

Enfin, pas tout à fait... Pour la première fois, nous avons accès aux couleurs de 2 espèces de dinosaures emplumés.

Une ou deux années ont suffi pour que de nouvelles découvertes rendent encore plus nettes les images des anciens occupants de notre monde consignées dans un nouveau livre (3) : le bien nommé "Guide de terrain des dinosaures ", non encore traduit de l'anglais, nous permettrait certainement de les reconnaître si nous pouvions les croiser dans ... Ah mais non ! Il n'y a plus de place pour des animaux de 35 mètres de longueur et de 75 tonnes ; mais on peut toujours rêver...

G.S. Paul n'a conservé que des espèces (assez ou bien) connues et en a éliminé bien d'autres qui étaient en fait des formes sexuelles ou des stades de croissance que l'on avait pris pour des espèces valides (déjà 735 quand même).

 

Pouvoir, des centaines ou des dizaines de millions d'années après leur disparition, faire des observations et corriger des erreurs concernant la forme, le développement ou la biologie des êtres vivants qui ne le sont plus est toujours étonnant. Ces ouvrages, intéressants aussi pour le passionné, car ils présentent en plus des dessins des fossiles dans leur état natif, des squelettes reconstitués, les nouveaux arbres évolutifs déduits des recherches génétiques récentes, ou des liens internet pour aller se renseigner sur les sites de découvertes, sont vivement recommandés pour mieux comprendre la place de l'Homme au sein du monde vivant actuel ou connaître l'aspect de la planète quand nous n'y étions pas.

 

                                                                                                                             Le nain paléontologue

 

(1)Évolution (Douglas Palmer / Peter Barrett, traduction Antonia Leibovici), 2009, Eds Trédaniel.

(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Thylacocephala#Histoire_de_la_recherche_sur_les_Thylacoc.C3.A9phales

(3) Princeton field guide to dinosaurs ou Dinosaurs : a field guide, Gregory S. Paul, 2010, Princeton ou A et C Black publishers, au choix. 510YxguboxL__BO2-204-203-200_PIsitb-sticker-arrow-click-Top.jpg

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3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 17:04

La une plutôt provoc du Philosophie magazine des mois de décembre 2009 et janvier 2010 m’a interpellé : "LE SINGE DESCEND DE L'HOMME".

Je laisse la philosophie aux spécialistes, ce n’est pas mon rayon.
Mais on nous annonce une découverte scientifique.
Le choix de la rédaction de privilégier les idées d’Owen Lovejoy, qui considère que les singes quadrumanes descendent d’ancêtres bipèdes humains, idées heureusement contrebalancées par Tim White ou Yves Coppens dans ce même numéro 35, se fonde sur des preuves bien fragiles.

Pour mieux le comprendre, considérons 4 points.
1 Il faut admettre que “singe” désigne ici la sous-famille des hominidés rassemblant le Chimpanzé commun (Pan troglodytes) et le Bonobo (Pan paniscus) : les paninés.
2 Il faut supporter qu’ “homme”signifie “bipède quel qu’il soit dans la famille des hominidés”.
3 Il faut avaler que l’(es) ancêtre(s) commun(s) aux chimpanzés et aux hommes soi(en)t bipède(s), donc que les chimpanzés se soient spécialisés dans un mode de vie arboricole et forestier à partir d’un milieu ouvert.
4 Il faut accepter qu’Ardi, bipède de 4,4 millions d’années, soit un de ces ancêtres.
Regardons-y de plus près.
1 Allez, admettons que dans l’esprit de tout le monde, “singe” ne représente que les actuels grands primates anthropoïdes qui partagent jusqu’à 98,7 % de leur patrimoine génétique avec l’Homme moderne (Homo sapiens) : les chimpanzés. Moi, si j’étais un gorille, je protesterais...
2 Allez, reconnaissons que, d’Aristote à Hegel, la plupart des philosophes ont abusé de la bipédie comme principal caractère définissant l’Homme. D’autres critères, comme la fabrication d’outils ou la taille du cerveau sont tout aussi contestables...
3 Là, je recrache ! Pas qu’il soit impossible que les chimpanzés aient pu dériver d’un bipède, mais aucun fossile reconnu de préchimpanzé ne nous est parvenu. On estime que le lignée des chimpanzés a dû diverger de celles des australopithèques et des hommes entre 5 et 8 millions d’années, bien avant l’apparition d’Ardi.
Rien ne permet en conséquence d’affirmer que les ancêtres de Cheetah aient pratiqué une bipédie quelconque. Cela dit, Toumaï (7 millions d’années), Orrorin (6 ma) ou Ardi à ses débuts, tous bipèdes probables ou avérés ont été qualifié de vieux chimpanzés tant on espère en découvrir.
4 Quid d’Ardi (1) justement, présentée par Tim White cette année, qu’instrumentalise la revue en la faisant passer pour l’origine des chimpanzés, afin de reproduire en couverture le mauvais jeu de mots de Marc Groenen qui fera vendre, me direz-vous ?
Eh bien, son inventeur nous le dit lui-même : Ardi n’est ni un préchimpanzé, ni un préhumain, au mieux un apperçu de ce qu’a pu être la base des australopithèques, qui, rappelons-le, n’ont pas de rapport direct avec nous. Il fait partie d’une lignée parallèle d’hominidés.

Affirmation gratuite (enfin...) donc !
Avait-on besoin, pour récapituler ou soupeser les arguments épistémologiques justifiants notre spédificité humaine, d’oublier toute prudence ? Je ne le crois pas.
                                               
                                                                                        Le nain paléontologue

(1) Ardipithecus ramidus, découvert en 1992 par Tim White, redécrit et rebaptisé par lui-même “Ardi” en 2009 - ça rime avec Lucy (Australopithecus afarensis) !- pour attirer l’attention des médias. Originaire, avec son espèce-mère probable de 5,5 millions d’années, Ardipithecus kadabba, nettement moins connue, d’Afrique de l’Est.

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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 20:08


Deux liens, en cette semaine de la fête de la science (16 / 22 novembre 2009), pour les amateurs des ascendances humaines ( http://www.hominides.com/ ) et pour les amateurs d’art préhistorique ( http://www.bradshawfoundation.com/inora/ http://www.international.icomos.org/centre_documentation/inora/).

Enjoy it

Le nain paléontologue

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23 mai 2009 6 23 /05 /mai /2009 13:36

Elle a l’air de dormir, Ida (photo et note 1), couchée sur le flanc sur sa plaque de schiste bitumineux, et pas au 27 rue des Acacias, mais à Messel, Allemagne, où une foule de ses copains merveilleusement conservés ont été découverts.

Ils font revivre l’archipel européen de l’éocène (ici entre 44 et 49 millions d’années), avant la Grande Coupure induite il y a environ 30 m.a. par la continentalisation qui supprimera le climat et la faune tropicaux.
Dans un lac empoisonné, le petit primate d’un mètre de long, 800 grs et 8 mois, 6 ans pour un humain (2), au poignet cassé, a été préservé avec ses parties molles, comme les couleurs des carapaces des insectes (photo 2 et note 3)
, ou les motifs des plumes des oiseaux, et deux autres espèces du sous ordre des adapiformes de la sous famille des cercamoniinés (4).
Ce groupe se situe phylogénétiquement avant la séparation entre ceux qui seront des singes, et ceux qui resteront des lémuriens.

L’intérêt principal de cette espèce est de présenter déjà certains caractères anthropoïdes (face courte, pas de griffes, pouce opposable...). De là, comme ses inventeurs (5) l’ont claironné pour se faire mousser, qu’elle est l’ancêtre de la lignée qui mène jusqu’à l’homme, un “chaînon manquant”, il y a un pas que bien des chercheurs ne franchissent pas.
Elle est pour nous intéressante car elle a été nommée “Darwinius”, en hommage à Charles Darwin, père de l’évolution, pour son bicentenaire, et “masillae”, référence à Messel. Elle ne pouvait pas mieux tomber (6) dans cette série d’articles sur l’année Darwin.
Elle restera donc sans doute comme une vieille mosaïque de caractères qui prouvent que l’évolution pouvait s’engager dans la voie des singes de l’Ancien Monde, dont nous sommes les descendants.

                                                            Le nain paléontologue.

(1) A cette époque, les mâles de primates avaient encore un os pénien. Son absence indique ici une femelle. Photo AFP.
(2)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Darwinius_masillae
(3) Coléoptère chrysomélidé, in Messel la mémoire de la nature, collectif aux éditions du Seuil ; lecture conseillée pour sa magnifique iconographie.
(4) Famille des notharctidés, bien sûr.
(5) Le mot prend ici tout son sens car les scientifiques ont dû retrouver les deux parties vendues pour faire plus de profit, et reconstituer le seul représentant connu de l’espèce.
(6) Merci au Nain tellectuel pour l’info ; je n’avais pas encore repéré cette perle...

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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 14:35

La pensée de Darwin est encore éclairante et vivace.
Le Monde hors-série Darwin l’évolution quelle histoire ! en présente les retombées actuelles ainsi que des rappels sur l’histoire de la Terre et de l’Humanité, assortis d’inquiétantes prospectives sur l’avenir de l’Homme.

On y apprend avec horreur que les lois eugénistes issues du malheureux darwinisme social - dont le grand Charles n’est pas responsable - ont améné la stérilisation de malades mentaux et autres “déviants” dans l’Indiana dès 1907, en Suisse à partir de 1928, sans parler de l’Allemagne, et dans de nombreux pays d’Europe.
Au Japon, c’est 1940, avec une abolition en 1996 !
Pour 44 % des Américains, l’Homme a été créé par Dieu il y a moins de 10 000 ans (rappelons qu’Homo sapiens en a 230 000 et que notre sous-espèce moderne sapiens, 100 000), et 75 % des lycéens turcs ne croient pas à la théorie de l’évolution.

Par chance (?), Barack Obama, contrairement à ses deux prédécesseurs, s’est prononcé en mars 2008 contre l’enseignement du créationnisme et du dessein intelligent dans les écoles... Le vent tournerait-il enfin ?

A lire d’urgence...

                                                                      Le nain paléontologue

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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 20:38

En cet an nouveau annoncé en 2008 par l’article “2009, année Darwin”, profitons-en pour signaler que le monde tel que nous (1) l’envisageons n’a pas toujours été le résultat d’une évolution de plusieurs milliards d’années, à partir d’une origine biologique unique.


Le fort intéressant ouvrage “classification phylogénétique du vivant” (2, et document 1) nous rappelle qu’ “à la fin du siècle des Lumières, il n’y avait plus de consensus pour considérer la classification [...] comme correspondant à un ordre d’origine divine".
Deux erreurs principales ont du être corrigées : l’anthropocentrisme (“l’homme se trouve au sommet de l’échelle”) et le finalisme (“l’évolution semble n’avoir pour but que l’émergence de l’homme”).
A l’aide des fossiles, de l’anatomie comparée, des progrès de la génétique (3), et d’une science qui permet de hiérarchiser les caractères observés, la cladistique (4), la généalogie du vivant a fait un bond ces trente dernières années.
Parmis les conclusions :
- l’ancienne distinction entre uni- et pluricellulaires ne tient plus
- les termes “algues”,“poissons”ou “reptiles” ne représentent plus des groupes à part entière et n’ont plus de sens que dans le langage courant
- le règne des champignons, intermédiaire entre végétaux et animaux, trouve sa vraie place (5)
- les oiseaux sont des dinosaures et leurs plus proches parents actuels sont les crocodiles (6 et document 2)
- gorilles et chimpanzés ont intégré la famille des hominidés.

Je ne dis pas que c’est facile à lire ; un des auteurs du livre cité précédemment a publié un complément pour “comprendre et enseigner la classification du vivant” (guide Belin de l’enseignement), pour rendre le concept plus accessible. Cependant, si l’on s’intéresse aux sciences de la Vie et de la Terre et qu’on s’en donne un peu la peine, on se rendra compte à quel point nous sommes liés aux autres occupants de cette planète, la seule connue à abriter la Vie.
Conclusions :
Cynique
On se refuse à l’admettre si souvent, occupés que nous sommes à justifier notre statut “supérieur” grâce à nos qualités “humaines” (humain : compréhensif et compatissant, nous dit un dictionnaire) ; compréhensif envers qui, au fait ? Nos désirs ?
Grandiloquente
On l’oublie tellement vite, occupés que nous sommes, animaux presque comme les autres, à affirmer notre différence : pour la première fois en 4 milliards d’années sur Terre, de la matière qui pense a les moyens de se détruire, et tout le reste avec, parce qu’elle ne voit pas plus loin que son nombril.
Anticléricale
Le pape, tout occupé qu’il est à limiter la sexualité à la procréation, pourtant on ne le suppose pas expert en la matière, pense t’il en se rasant qu’il est un singe comme les autres ?
Légère
Dommage qu’on n’ait pas été plus proches des oiseaux, nous aurions pu produire nous-mêmes notre omelette pour déjeuner.

                                                        Le nain paléontologue.


(1) Enfin, les convaincus du processus de descendance avec modifications que le Maître a décrit...
(2) Classification phylogénétique du vivant, G. Lecointre, H. Le Guyader, Belin, 2001, pour l’édition originale.
(3) Pour mémoire, l’homme moderne partage 99,5 % de son matériel génétique avec l’homme de Néandertal, 98,7  % avec le chimpanzé, 80 % avec le chien, 60 % avec la poule, 50 % avec la levure de bière, un champignon, et 30 % avec la jonquille.
(4)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Phylog%C3%A9n%C3%A9tique
(5)” Les champignons ont été classés, jusqu’en 1969, comme faisant partie du règne végétal.[...] De plus, leurs parois cellulaires ne sont pas constituées de lignine et cellulose, mais de chitine, comme la cuticule des insectes.” Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A8gne_(biologie)
(6) Arbre simplifié par l’auteur à partir de sources diverses. En rouge : groupes disparus.

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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 20:05

Avant de survoler dans un prochain article, les activités de mes confrères illustrateurs animaliers professionnels concernant les bébêtes actuelles, commençons par les pros qui œuvrent sur les organismes disparus.
Vous êtes-vous demandé comment on redonne vie à un animal disparu depuis des millions d’années ?
On observe tout d’abord les restes fossilisés, bien sûr ; on consulte les paléontologues ; mais ce sont des scientifiques, souvent prudents : quand on dessine, il faut faire des choix, et cela se voit.
La plupart du temps, on essaie de se rappocher d’un occupant actuel de la même niche écologique.

Le quetzalcoatlus était le plus grand ptérosaure (“reptile” volant, doc.1) connu quand il fut représenté en 1986 dans un livre sur les géants. Trouvé aux USA, le dessinateur a pensé au jabiru américain, le plus haut des oiseaux du continent (doc.2). Nous pensons encore aujourd’hui que ces êtres vivants se balladaient en profitant de tout animal rencontré ; possiblement bien vu donc... Même si les (semblants de) poils qui couvraient les ptérodactyles ne sont pas très visibles.

Plus récemment, Peter Schouten, représentant des dinosaures emplumés, a décidé de choisir un calao des Célèbes (doc. 3) pour modèle du procératosaure d’Angleterre (doc. 4), pensant que la fragile crête osseuse de ce dernier devait porter de semblables couleurs pour la parade nuptiale... Admettons.
Pour le Monokykus insectivore de Mongolie (doc. 5), qu’on avait tout d’abord pris pour un vieil oiseau ayant perdu la faculté de voler, c’est la grue caronculée d’Afrique (doc. 6), grande dévoreuse d’insectes, qui s’y colle. Plus judicieux sans doute... Les oiseaux sont des dinosauriens, mais saurons-nous un jour la vérité sur l' aspect des disparus ?

De plus, les choses changent.
En 2001, Dan Varner pensait comme certains savants de l’époque, que les mosasaures, grands “reptiles” marins de la fin du secondaire, étaient proches des varans (doc. 7), comme le montre sa version du tylosaure (doc. 8). Au même moment, d’autres estimaient, comme encore aujourd’hui, qu’on doit les rapprocher des ancêtres des serpents (dont les lézards pythonomorphes comme les varans ne sont pas loin, d’ailleurs), d’où les pupilles verticales et la langue serpentiforme du doc. 9.

Les reconstitutions sont donc les reflets des théories en vogue et de l’imagination des artistes. Elles frappent le grand public, comme dans Jurassic Park, quand on ne savait pas que les raptors avaient des plumes...

                                                              Le nain paléontologue.

Iconographie :

Calao de Sulawesi : VogelPark Walsrode, web.
Jabiru d’Amérique : Tom Stephenson, web.
Grue caronculée : photo de l’auteur.
Monokykus et Proceratosaurus : Feathered dinosaurs, John Long, Peter Schouten, 2008, Oxford University Press.
Quetzalcoatlus : Animaux géants d’hier et d’aujourd’hui, David Peters, 1987, Hachette jeunesse.
Tylosaurus “serpent”: L’encyclopédie Gallimard jeunesse des dinosaures et de la vie animale primitive  2002 .
Tylosaurus “varan”: Dan Varner, site web Oceans of Kansas.
Varan : Dmitry Tumanov, web.

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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 19:22



Après le gorille, jouons avec les dinosauriens ; car c’est bien ce mot-là, et non pas celui de “dinosaure” qui va prévaloir pendant bien des années dans nos dictionnaires populaires.
Moins polémique que le précédent, ce terme témoigne néanmoins de certaines avancées de la paléontologie ; rappelons que le terme, nom masculin pluriel, date de 1841.

Nouveautés, erreurs, commentaires.

Dinosauriens. Petit Larive et Fleury, éditions scolaire, 1902 :  (grec deinos, grand, terrible + sauros, lézard) Genre fossile de très grands reptiles terrestres qui vivaient à l’époque jurassique et au commencement de l’époque crétacée. Apparemment : les fouilles sont en cours...
                      
                      Nouveau petit Larousse illustré, 1931 : Ordre de reptiles fossiles. On ne se mouille pas.


                      Nouveau dictionnaire illustré Simon, 1947 : ( s’il s’était “viandé” avec le gorille, là, il se rattrappe !) Ordre disparu de reptiles sauriens (rien à voir avec les lézards... C’est bien ce qui est dit juste après) de l’époque secondaire. Ils ressemblent à des crocodiles ( c’est vrai : anatomiquement et évolutivement parlant, les crocodiles sont leurs plus proches parents actuels, en dehors des oiseaux qui sont une branche de dinosaures carnivores, mais question ressemblance superficielle, c’est moins sûr...), tout en ayant les membres postérieurs plus longs que chez ceux-ci (c’est bien le moins qu’on puisse dire !). Les dinosauriens forment les intermédiaires entre les reptiles et les oiseaux : ils ont des ressemblances avec ceux-ci par les caractères de leur bassin, de leurs membres et de leur crâne. Là, chapeau ! Certes, c’est en 1868 qu’Huxley avait émis l’hypothèse, mais elle ne sera admise définitivement que dans les années 2000, avec la découverte de nombreux dinosaures à plumes bien conservés, en Chine (*).

                      Nouveau Larousse universel, 1949 : (du gr. deinos, terrible, et sauros, lézard) Ordre de reptiles fossiles qui comprenaient des animaux gigantesques, dont certains dépassaient 20 m de longueur : les dinosauriens vécurent aux époques jurassique et crétacée. On progresse.

Dinosauriens ou dinosaures. Larousse 3 volumes en couleurs, 1965 : (du gr. deinos, terrible, et saura, reptile. La facilité avec laquelle les dictionnaires changent les étymologies m’intrigue toujours... Tous ces allers retours...) Ordre de reptiles terrestres du secondaire, comprenant des animaux très variés de taille (1 à 30 m) et de formes (quadrupèdes ou bipèdes), ayant en commun leurs os creux, leur bassin rappelant celui des oiseaux, leur tête relativement très petite ( bien mauvaise observation des carnivores, des pachycéphalosaures ou des cératopsiens), et souvent un cou et une queue allongés, contrastant avec un tronc massif. (On distingue [j’en passe...diplodocus, brontosaure (raté ! Ce genre n’est plus valide ... Dès le milieu des années 20, on s’est apperçu que le brontosaure était un mélange d’apatosaure et de camarasaure mal assortis. Dans les années 60, on le savait ! Mais le “brontosaure” était, avant le tyrannosaure, le dino le plus populaire, vedette du film muet “Le monde perdu”, 1925). On ne déboulonne pas une star comme ça ]... / ... .)

Dinosaure ou dinosaurien. Petit Larousse 1998 : (du gr. deinos, terrible, et saura, lézard ; tiens, qu’est-ce que je disais ?) 1. Reptile fossile de l’ère secondaire, dont les nombreuses espèces étaient très diversifiées dans leur morphologie ainsi que dans leur taille. Encycl. Classés en deux groupes [j’en repasse...] les quelques 400 genres décrits comptent [...]le tyrannosaure, et des herbivores parfois gigantesques, tel le brontosaure et le diplodocus. Ennuyeux, ça, les graminées  n’apparaissent qu’au crétacé ; le “brontosaure” chimérique et le diplodocus vivaient au jurassique, bien avant qu’un brin d’herbe n’ait pu leur caresser les narines... Mais on admettra que tout ceux qui sont végétatiens ou phytophages, termes qui auraient du être employés, sont qualifiables d’ “herbivores”, allez. Apparus au trias, il y a environ 200 millions d’années (en 1998, on savait déjà que des dinosaures existaient au trias inférieur, il y a plus de 235 millions d’années), les dinosaures ont dominé la vie animale terrestre au jurassique et au crétacé avant de s’éteindre brusquement il y a 65 millions d’années.
2. Fam. Personne, institution jugée archaïque dans son domaine, mais y conservant une importance considérable. // dinosaure de la politique.
Bizarre, ça ; alors que les dinosaures terrestres, non aviens, ont tous disparu lors d’un accident que certains jugent fort opportun (car il nous a permis, mammifères, de prendre le pouvoir) et étaient tous bien adaptés à leur milieu, à leur époque, la définition étendue décrit des déphasés qui existent encore... Le premier contresens n’est en fait pas si curieux : on a longtemps cru que les dinosaures avaient disparu à cause de leur lenteur et de leur manque supposé d’intelligence qui les auraient empêché de s’adapter aux conditions de temps nouveaux. Le paléontologue R.T. Bakker a beaucoup fait pour dissiper ces idées au siècle dernier. Mais une fois qu’une acception est entrée dans le langage courant...

Notons pour terminer que le petit Larousse 2005, reprend intégralement la définition précédente, et les “400 genres”, qui étaient déjà presque 500 à la fin des années 90 et qui doivent avoisiner les 600 aujourd’hui. L’intérêt du grand public pour ces formidables animaux permet de dégager des fonds pour leur recherche. On aimerait qu’il en soit ainsi pour tous les autres êtres vivants...

En conclusion : il est rassurant que les dictionnaires informent leurs lecteurs que tout animal disparu n’est pas forcément membre des deux ordres de sauropsidés (eh oui, on ne dit plus “reptiles”, de reptare, ramper, en latin ; en science, cela ne représente plus rien, tout comme le terme “poissons”, qui recouvre lui aussi des organismes lointainement apparentés) terrestres réunis familièrement sous le nom de “dinosaures”.
Suivre l’avancée des sciences, ne semble cependant pas être la course favorite du Larousse : les 4 espèces citées (diplodocus, tyrannosaure, iguanodon et tricératops), alliées au fantomatique “brontosaure”, marquent la volonté de faire en sorte que le lecteur trouve ce qu’il connaît déjà ; une sorte de culture générale, au besoin obsolète, pour qu’enfants et parents aient les mêmes “honnêtes” références. C’est bien la définition de dictionnaire qui s’occuppe de la “langue commune”(**). Quant à apprendre quelque chose, cela semble être dévolu aux ouvrages spécialisés...

                                                           Le nain paléontologue.

(*) Voir dans ce blog “L’argent, l’argent”.
(**) Le Petit Robert.

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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 20:13


Tout le monde a entendu parler des dinosaures de la famille des tyrannosauridés.
Moins nombreux sont ceux qui savent qu’ils “font” de la politique... A leur corps défendant bien sûr.

 

 

Le plus connu est Tyrannosaurus rex, le “reptile tyran roi”.
Les restes de ce géant de 12 m et 6 tonnes, le poids d’un gros éléphant, ont été trouvés dès le XIX ème siècle en Amérique du Nord, et décrits en 1905 par Osborn. Il vivait il y a 70 millions d’années, au crétacé supérieur.
Devenu célèbre, notament grâce à des films comme King Kong (1), il éclipsera tous les cousins de sa famille, jusqu’à son frère asiatique.
En 1948, Ivan Antonovich Efremov (2) découvre ce carnivore qui vivait à la même époque dans ce qui est aujourd’hui le désert de Gobi. A. Male’ev le décrira en 1955 sous le nom de Tarbosaurus bataar, le “reptile angoissant d’Oulan Bator”, capitale de la Mongolie. Légèrement plus petite que l’américaine, avec un crâne un peu plus long et plus légèrement bâti, aucun argument scientifique ne justifiait de placer cette nouvelle espèce dans un autre genre que Tyrannosaurus (3).
Des chercheurs l’ont dit, écrit et répété à la fin des années 90 et au début des années 2000.
Certains même, pensant que non pas une mais deux espèces dormiraient dans les restes fossiles de l’animal, suggèrent qu’en plus de Tyrannosaurus bataar, on devrait reconnaître Tyrannosaurus efremovi (4), donc deux tyrannosaures asiatiques qui ont vu la catastrophe finale qui anéantira leur monde il y a 65,5 millions d’années .
Seulement voilà, en pleine guerre froide, les échanges d’informations scientifiques entre les deux blocs étaient difficiles ; et comment donner un nom de genre si étroitement lié à la suprématie occidentale à ce nouveau venu oriental ?
Aujourd’hui encore, personne ne semble avoir réussi (mais cela a-t’il été tenté auprès des commissions internationales d’homologation ?) à faire évoluer la situation.

 

 

Cela voudrait-il dire que l’ambiance des années 50 plane encore sur les relations internationales ?
La démarche scientifique doit-elle s’effacer devant les considérations politiques ?
Peut-être ne veut-on seulement pas réveiller une vieille affaire qui risque d’embarrasser les commissions, en général constituées de membres anglo-saxons, qui seraient jugées nécessairement partisanes ?
Wait and see.    

                 
      
                                                                  Le nain paléontologue.

 


Souces consultées : Dinosaurus, Steve Parker, Firefly Books, 2003.
                              L’empreinte des dinosaures, Philippe Taquet, Odile Jacob, 1994.

(1) M. C. Cooper, E. B. Schœdsack, 1933.
(2)
http://en.wikipedia.org/wiki/Ivan_Efremov pour les fans du romancier...
(3) Rappelons que selon les lois de la taxonomie, comme décrit dans l’article “la mère poisson de Sir David”, dans la même catégorie de ce blog, deux noms de genre et d’espèce, tous deux latinisés, sont attribués à chaque être vivant ou ayant vécu. Si l’on a par erreur donné un autre nom à un nouvel organisme découvert, alors qu’il apartient à une espèce ou un genre déjà connu, c’est la dénomination antérieure qui prévaut : ici, le genre Tyrannosaurus .
(4) Ce paléontologue, géologue et écrivain russe (1907 / 1972), influencé par J. Verne, A. Conan Doyle ou H.G. Wells, imagina dans une de ses nouvelles de science-fiction que des chasseurs de dinosaures trouvent dans une grotte un mur, qui, recouvert de résine à l’ère secondaire, aurait enregistré une “image naturelle” d’un tarbosaure vivant ; image encore visible au soleil couchant...

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22 novembre 2008 6 22 /11 /novembre /2008 17:21


Suite de la saga de l’ordre des Carnivores...


Si leur histoire a commencé il y a une soixantaine de millions d’années, la lignée des félidés, proche des hyènes (hyénidés) et des civettes (viverridés), d’au moins 30 ma (1), a commencé “petit”, mais produit les premiers “grands chats” il y a environ 25 ma.
Ils seront nombreux à posséder d’immenses quenottes. Nos grands félins actuels, à canines courtes et coniques, ont moins de 5 ma.


La famille va d’une taille d’1 kg aux 380, et 120 cm à l’épaule, des plus grands tigres de Sibérie (Panthera tigris). Ses représentants sont solitaires, sauf les lions (Panthera leo).
Parmis les petits félins, la lignée du Chat sauvage (Felis silvestris), qui court encore en Europe, a divergé vers 3,4 ma dans les forêts du bassin méditerranéen. C’est de sa sous-espèce africaine, le chat ganté, que descend le chat domestique. Si l’on en croit la génétique, c’était il y a 130 000 ans ; 10 000 selon les restes subfossiles. La découverte de tombes chypriotes de 9000 ans, où homme et chat sont enterrés ensemble, montre que la domestication était en marche (les chats ressemblent encore beaucoup à leurs congénères sauvages, et ne sont peut-être qu’apprivoisés).
On pense savoir pourquoi nous les avons convié à partager nos habitations : chasser les rongeurs  qui menaçaient nos réserves de céréales. Les Égyptiens les emploieront il y a au moins 4000 ans et les autres peuples s’y mettront progressivement. Des Grecs, qui utilisaient auparavant des mustélidés (2), aux Européens du Moyen Âge et de la Renaissance qui leur préféraient des viverridés (3), résolument nocturnes, ils succomberont tous aux charmes des matous...


Mais au moins un mystère subsiste dans la famille des greffiers. Un nombre important d’espèces était grandes et souvent caractérisées par des membres antérieurs puissants pour maintenir leurs proies au sol le temps de leur transpercer la gorge de leurs canines surdimensionnées. Ces “dents de sabre” n’ont laissé aucune trace dans nos écosystèmes actuels, alors que des formes équivalentes ont existé tout au long de l’histoire des mammifères ( même les reptiles mammaliens de l’ère primaire ou les marsupiaux du Tertiaire ont développé des espèces à “dents de sabre”). Certains égalaient pourtant en taille nos plus grandes espèces actuelles. Ils ont disparu en Afrique il y a 1,5 ma, et en Eurasie vers 500 000 ans.
Leur déclin semble lié au changement climatique provoqué par la formation de la calotte polaire antarctique, vers 5 ma, et le cycle des glaciations de l’hémisphère nord, à partir de 2 ma.
Les hivers plus froids, le climat plus sec, les plaines ouvertes qui s’étendent et la végétation qui va avec, vont amener un renouvellement des herbivores à sabot. ces derniers vont se mettre à courir plus vite et laisseront sur place les vieux modèles de gros minets...
En Amérique du Nord, cependant , ils subsisteront jusqu’à la fin des temps glaciaires, semble-t’il éliminés ou considérablement affaiblis par un impact extraterrestre il y a 12 900 ans (4). Les mastodontes, mammouths et autres lions des cavernes, voire même les humains de la civilisation dite “Clovis” feront aussi les frais de l’opération.
Sont-ce les seules explications ? Les recherches à venir nous l’apprendront peut-être...

 

                                                                       Le nain paléontologue

 

Principale source : The big cats, A. Turner, M. Antón, Columbia University Press, 1997.
(1) Je ne parle pas ici des “paléofélins”, tous à dents longues et qui ont au moins 37 ma, réunis aujourd’hui dans la famille des nimravidés, mais des “néofélins”, qui ont aussi donné bien des formes à canines importantes.
(2) Belettes, putois...
(3) Genettes...
(4) La grande extinction des mammouths, National Geographic Channel.
Plus sur les chats :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Chat

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