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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 17:22

Dans un texte intitulé Du populisme en littérature, que l’écrivain Charles Dantzig a publié dans Le Monde du 18-19 mars 2012, une phrase m’a semblé résumer particulièrement bien l’entreprise populiste : "Les régimes populistes sont ceux qui s’entendent le mieux à paralyser le peuple en le popularisant."

En écoutant France Inter, j’ai été confrontée récemment à ce que je considère comme un exemple presque parfait - et abominable -  de ce populisme qui prend les gens pour des c...

Oui, j’ai été choquée en écoutant un extrait d'un récent discours de notre président de la République, qui, lors d’un meeting tenu je ne sais plus où (nos candidats les enchaînent en ce moment comme les perles qu’ils lâchent ici et là), a ponctué à plusieurs reprises ses diatribes contre l'adversaire du moment d’un : « C’est la vérité et tout le monde le sait ! »

Choquée, oui, j’ai été, dans cette guerre des étoiles politiciennes… par l’arrogance inouïe d’un président-candidat qui prétend balayer toute éventuelle contestation de ses affirmations en invoquant, non pas les preuves de ce qu’il affirme, mais LA (fameuse) Vérité, une et indivisible, qui ne peut être que la vérité puisque tout le monde le sait que c’est la vérité.

La loi du plus grand nombre étant toujours la meilleure…

Choquée par la brutalité de cette phrase incantatoire de celui qui se veut le candidat du peuple (d’autres que moi ont fait la démonstration de l’ironie de la « chose ») contre les élites (qu’il représente en tant que chef de l’État tout-de-même), mais plus encore par son caractère insidieux  en assénant au peuple que c’est (c’est quoi ?) la vérité et en lui affirmant dans le même-temps que ce ne peut qu’être la vérité puisque tout le monde le sait. Tout le monde étant les autres, donc, si toi, péquenot du peuple, tu ne le sais pas, c’est que tu es un « couillon » (pour reprendre un si joli mot dans la bouche d’un président).

 Choquée de surcroît, quand, par un tour de passe-passe extraordinaire, il se dispense d’une démonstration de CETTE prétendue vérité en prenant à témoin le peuple, cet abstrait monsieur/madame « Tout le monde » dont il décrète qu’il le sait bien, que c’est la vérité, et que par conséquent, ce que le peuple  sait, le président le dit. Et puisque le président le dit, c’est que tout le monde - le peuple - le sait.

Mais ce tout le monde est à la fois une entité abstraite (comme la Vérité) et une multitude de gens qu’il faut convaincre que ce que dit le président, c’est la vérité. Mais quelle meilleure démonstration de LA Vérité pour le candidat que de s’adresser aux parties qui ne savent pas que c’est la vérité en leur disant qu’il faut croire que c’est la vérité puisque tout le monde, c'est-à-dire les autres, savent que c’est la vérité.

Car les gens aiment avoir l’impression de savoir, même s’ils ne savent pas ce qu’est la vérité. L’essentiel, c’est de croire que l’on sait, n’est-ce pas ? L’impression que l’on a et celle que l’on donne, celle du peuple et celle du candidat.

En définitive, ce président réussit la prouesse de s’ériger à la fois en directeur de l’opinion du peuple, en lui disant ce qu’il faut croire et qu'il faut croire ce qu’il dit, puisque c’est la vérité  et que tout le monde le sait, et en porte-parole de ce même peuple (plus exactement de la partie qui est susceptible d’être sensible à son discours) auquel il dit que tout le monde sait que c’est la vérité.

Mazette.  C’est la vérité, alors, que populisme rime bien avec manipulation des masses ? Mais enfin, cela, tout le monde le sait déjà ! Il ne manquait qu’une démonstration de plus. Le président l’a faite avec brio, dirons-nous.

Dans un autre extrait du texte de Charles Dantzig, l’auteur résume bien la tartufferie populiste :

"Nous savons aussi que « peuple » est une usurpation de langage. Le peuple, c’est tout le monde, comme dans l’expression « le peuple français », ou c’est personne. Dans les temps de crise, certains politiciens s’entendent à donner l’appellation flatteuse de « peuple » à ceux qui souffrent ou craignent de souffrir, ou s’imaginent qu’ils souffrent. Le populisme donne une pureté factice à une portion fantasmée de la population. C’est la ruse des malins et la force des désespérés."

Point, à la ligne.

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 12:06

En rase campagne, électorale ou autre, N. Sarkozy ne maîtrise pas bien la situation, notamment le monde paysan. Il ne les côtoie pas fréquemment, les paysans, cela se voit bien, car s’il le faisait, il saurait qu’un paysan, chez lui, sur ses terres - de plus ou moins 40 ha -, loin des ors du Fouquet’s,  parle en principe franchement, peu importe la notoriété de son interlocuteur. Il lui parlera comme à un égal, croyant peut-être avec une certaine naïveté que ce dernier l’entendra. Certains appelleront cela le bon sens paysan. Voilà pour l’égalité telle qu’elle figure au fronton des mairies, mais certains élus ne le supportent pas, habitués qu’ils sont à se faire caresser dans le sens du poil. Ou ils ne le comprennent pas, ne saisissent pas qu’ils ne sont pas là dans une joute politicienne, même si l’échange est filmé, mais qu’ils sont réellement en face de ce fameux peuple qu’ils prétendent défendre. Et  c’est là que cette manie de vouloir être filmé à tout-va peut se révéler contre-productive au sens politicien du terme.

Le président pourrait au moins essayer de jouer le jeu en écoutant les doléances de ses interlocuteurs. Mais "le petit monde de Nicolas Sarkozy" semble s’arrêter au Salon de l’agriculture. Où, nous dit-il, pour la première fois, il a trouvé que l’ambiance était bonne ! (cf. vidéo)

Ben voyons, quand le folklore va, tout va !

 

 

De toutes les perles qu’il a livrées sur l’exploitation qu’il visitait durant les 2 petites minutes que dure cette vidéo, on  ne sait par quel bout commencer, tant  le discours est hallucinant, et si après cela, les paysans se croient encore écoutés par leur président de la République, c’est que eux, trop préoccupés de vouloir se faire entendre des élus, n’entendent pas le message subliminal que leur envoie le président.

Qu’est-ce qu’il leur dit, exactement, notre président ?

L'éleveuse évoquant la pénibilité de son travail et ses problèmes financiers, lui fait cette remarque : "Dans l’agriculture, on n'est pas aux 35 heures, hein." (Constatation évidente de quelqu’un qui ne touche même pas le smic en ne comptant pourtant pas ses heures de travail.)

Réponse de Nicolas Sarkozy : "Moi non plus."

Ce « moi non plus » est révélateur. Il signale un égocentrisme qu’on n’attendait même pas à si forte dose dans ce contexte. Voyez comme tout tourne autour du président. Il n’a pas compris qu’il ne s’agit pas de lui dans cette discussion, qu’il n’est pas censé être venu se faire admirer ou plébisciter par le peuple, mais plutôt écouter la plainte du petit paysan. Je précise « petit », parce qu’avec seulement 40 ha, comme nous l’apprendrons ensuite, un paysan survit, ne peut d'ailleurs que survivre, contrairement aux gros propriétaires fonciers de la Beauce, céréaliers en principe, qui brassent la majeure partie des subventions européennes, forts de leurs propriétés de plus de 400 ou 500 ha.  Non, M. Sarkozy prouve qu’il est un politicien à 100%, que  le politique reprend chez lui toujours le dessus, que les problèmes de son interlocuteur ne l’intéressent pas, en fait, le message est clair : tu me fais de la pub pour me faire mousser auprès des paysans, c’est tout ce que je te demande. Tout à sa campagne électorale, il ne voit pas la campagne agricole. Imaginons seulement  la Reine d’Angleterre, toute dédiée à son rôle de monarque, devant ses sujets, elle aurait penché la tête et posé au moins une question du genre : » qu’est-ce qui vous faire dire cela ? ». Notre président, lui, a montré, avec seulement ces trois mots, qu’il ne considère le débat que comme une joute verbale et l‘interlocuteur comme un faire-valoir ou un adversaire à battre. Or, comme les deux paysans, par leur franchise, lui échappent, le président répond systématiquement à chaque fois comme si son interlocuteur était un adversaire politique auquel il faudrait damer le pion. Sarkozy n’écoute pas la plainte du petit paysan, ses doléances, il n’entend pas sa souffrance, celle de tous ces petits paysans qui doivent s’endetter à mort pour pouvoir être rentables et survivre. Tiens, a-t-on d’ailleurs parlé du taux de suicide chez les paysans, qui, dans ce créneau, battent tous les records ? Non, avant d’en arriver là, le petit paysan, comme on le nomme aisément, essaye de faire passer le message de sa détresse financière et morale.

Mais poursuivons la conversation.

L'agriculteur  rétorque prosaïquement au président: "Oui, mais on n'a pas le même salaire."

L'agricultrice : "Nous, on n'a rien. On vivote."

À ces mots, le président lâche une répartie « hors-sol » hallucinante : "Franchement, hein, moi, je ne suis pas propriétaire de 40 hectares, hein, ok, ok, ok ? »

Signalons au passage la répétition frénétique des "ok ok ok" qui trahissent un certain désarçonnement du président face à tant de franchise paysanne. Il doit bien sentir qu'il est un peu à côté du sujet et que la conversation dérape... son esprit doit tourner à mille tours pour tenter de retourner la situation (l'exercice sera manqué, ce qui est fort étonnant pour quelqu'un dont on prétend qu'il a six, sept ou huit cerveaux, je ne sais plus...)

Ce faisant, il  repousse l’agriculteur de la main, puis fait de même à l’agricultrice qui vient de lui répondre du tac au tac : "Mais vous avez autre chose en banque peut être."

Ah, ce bon sens paysan, ça fait peur, non?! (oui, car le bon sens paysan, en bon français politicien, rime avec insolence…)  

Et le président continue sur sa lancée : « Quand il ( un contrôleur, un élu? La vidéo ne le dit pas) vient et qu’’il voit ça (l’installation, je suppose ;  il faudra lui expliquer sans doute qu'il en faut bien une - aux normes obligatoires -  puisque, aux dernières nouvelles, les vaches ne savent pas se traire toutes seules…), si à chaque fois qu’on prend une mesure pour vous, ça ne compte pas, alors, on va être dans la même situation ! il faut encourager… parce qu’à moment donné… »

L’agriculteur, : « au bout d’un moment, il faut retrouver ses billes ! »

L’agricultrice : « Il faut transmettre l’exploitation ! »

Réponse  (sic) : (» Écoutez, j’ai été au salon de l’agriculture, c’est la première fois que j’ai connu une bonne ambiance. »).

Circulez, y a rien à voir !

Qu’à dit le président, en somme ?

 

RIEN sur le malaise paysan, absolument RIEN sur le fond, sauf : que ces deux paysans, ils commençaient à le faire » suer »

1)      avec leurs exagérations sur leurs difficultés financières, (franchement, moi, je n’ai pas une propriété de 40 ha !). C’est vrai, ça ! Arriver à faire passer un paysan avec ces 40 ha pour un affreux nanti de la République, il fallait le faire ! C’est fait !

2)      avec leurs installations « rutilantes » (quand il vient et qu’il voit ça …!) et MAM d’opiner du chef à ses côtés, pour faire bonne mesure dans la réprobation.

3)      avec leurs jérémiades (si à chaque fois qu’on prend une mesure pour vous, ca ne compte pas, alors…)

4)      avec leur défaitisme, franchement, de quoi se plaignent-ils, les paysans ? (» écoutez, j’ai été au salon de l’agriculture, c’est la première fois que j’ai connu une bonne ambiance. »).

Certaines choses ont dû lui échapper :

1)      accessoirement, il semble qu’il ne sache pas que le prix des terres agricoles n’est pas celui des terrains à bâtir sur la Côte d’Azur… Pense-t-il vraiment que les paysans soient des nantis ou faut-il y voir simplement du cynisme de sa part?

2)      Il fait comme si, avec leurs salles de traite aux normes, ces paysans avaient la folie des grandeurs et affichaient ainsi un signe extérieur de richesse alors qu’ils ne font que se soumettre aux normes requises par la réglementation sur les installations agricoles. Par ailleurs, l’agriculture actuelle fait usage de technologies de pointe qui sont nécessaires sur les exploitations. Faudrait-il traire encore les vaches comme au temps de Pagnol et de la fille du puisatier ? Autant pour l’impératif de compétitivité qui leur est imposé par  la  mondialisation

3)      Le président doit pourtant savoir que des normes strictes sont imposées pour les installations agricoles, entre autres pour des motifs sanitaires. Si l’installation n’est pas aux normes, les paysans plient boutique. Cela veut dire que les jeunes agriculteurs qui s’installent s’endettent jusqu’au cou pour financer leur exploitation, que leurs parents hypothèquent souvent leurs biens avec tous les risques que cela entraîne, notamment en raison de  la baisse constante des prix payés aux producteurs.

4)      Bref, des problèmes du monde agricole,  Sarkozy ne retient que le salon. Son folklore, ses vaches, veaux, cochons, couvées…

 

 Encore plus que son incompréhension totale du monde agricole, les réparties de notre président affichent un parfait manque d’intérêt pour l’avenir de cette profession. À  des années lumière des problèmes du monde agricole.

 

Franchement, oui franchement, le monde agricole, c’est bien la première fois qu’un président de la République lui signifie - franchement - d’aller se faire voir … chez les Grecs, peut-être ?

 

vidéo: http://www.dailymotion.com/video/xp67px_sarkozy-malmene-egalement-dans-une-ferme-basque_news

 

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 13:42

 

Joachim Gauck, 72 ans, ancien adversaire malheureux  de Christian Wulff aux dernières élections présidentielles de 2010, sera finalement désigné comme le prochain président de la République fédérale d’Allemagne, après la démission péniblement arrachée à Wulff, tombé en disgrâce pour n’avoir pas compris que le président doit être avant tout une autorité morale (mais est-il bien le seul au « royaume » des présidents de tous pays ?). 

L’élection du pasteur Gauck, ancien défenseur des droits de l’homme dans l’ex-RDA, marque à plusieurs titres un énorme revers politique pour Angela Merkel, qui avait soutenu obstinément la candidature de Christian Wulff en 2010 contre celle de Joachim Gauck, alors que celui-ci était à l’époque non seulement le favori de l’opposition, mais aussi de la population.

D’une part, comme l’a expliqué à la télévision la secrétaire générale de la SPD, Andrea Nahles, madame Merkel ne s’est décidée à appuyer la candidature de l’ancien défenseur des droits de l’homme en RDA au poste de successeur de  Christian Wulff qu’au terme de discussions longues et difficiles, et ce, pour une seule raison :   „Madame Merkel aurait dû avouer qu’elle avait commis une faute il y a deux ans (lors de l’élection présidentielle). Finalement, C’est bien cet aveu qu’elle a dû faire.“

D’autre part, les négociations précédant l’annonce du soutien de Merkel à Joachim Gauck ont ébranlé une fois de plus la coalition dirigée par Angela Merkel. En effet, ce n’est que dimanche soir, au terme de longues et pénibles discussions, que les partis de la coalition au pouvoir, CDU, CSU et FDP (libéraux) se sont mis d’accord pour soutenir la candidature de Gauck,  favori du parti social-démocrate SPD et des Verts.

 

Auparavant, les libéraux de la FDP ont créé la surprise en se rangeant subitement au côté  des partis d’opposition pour soutenir l’ancien opposant au régime de la RDA et fondateur du commissariat aux archives de la Stasi ( l’ancien ministère de la sécurité de la RDA - Stasiunterlagen-Behörde). Par ce volte-face significatif de l’état dans lequel se trouve le petit parti des libéraux, en chute libre dans les sondages, ce dernier cherche à redorer son blason politique et, agissant ainsi plus par pure stratégie électorale que par conviction, il porte un nouveau coup de boutoir à la coalition au pouvoir. En cédant aux exigences de la FDP sur la question du choix du futur président de la République allemande, Merkel a en premier lieu cherché à éviter la fin prématurée de la coalition. Mais il s’agit bien là d’une crise de confiance entre la FDP et ses partenaires de la coalition.

 

Gauck peut désormais bénéficier d’un large soutien dans les deux chambres de la Fédération. Et pour la première fois dans son histoire d’après-guerre, l’Allemagne aura deux anciens citoyens de  la RDA au sommet de l’État fédéral.

 

Le président doit être élu au plus tard le 18 mars de cette année. Bien sûr, fidèle à son habitude de ne pas vouloir faire de vagues, Merkel a officiellement tressé des louanges à Gauck, le décrivant comme un „véritable professeur de la démocratie“, capable de donner des impulsions décisives sur les questions touchant la globalisation, la solution à la crise de la dette et le perfectionnement de la démocratie. Gauck a déclaré pour sa part qu’il voulait véhiculer l’idée auprès des Allemands qu’ils « vivent dans un beau pays qu’ils peuvent aimer ».

 

 Dans un entretien télévisé, Andrea Nahles a déclaré que Gauck pourrait se révéler être un président « dérangeant ». „Mais je ne veux pas non plus d’un président de la République qui soit facile à vivre“, a-t-elle dit. « Il est à ce poste pour dire leurs quatre vérités au monde de la politique et aux gens de ce pays. Et cela, Joachim  Gauck est en mesure de le faire avec une grande autorité morale“. Déclarant que Gauck recherchera le dialogue avec les citoyens, elle a ajouté : « et c’est ce que j’attends en fait de lui : qu’il comble de nouveau en partie le fossé existant entre la politique et les citoyens ».

 

Quant à Angela Merkel, il semble bien que l’élection du futur président, déjà affublé du sobriquet affectif « président des cœurs »,  ait ébranlé son autorité au sein de la coalition. En effet, les médias autant que les partis d’opposition voient dans la désignation de Gauck le résultat d’un chantage exercé par le si petit parti  de la FDP envers son grand partenaire de la coalition : le chef du parti de gauche (die Linke, pendant allemand du Front de gauche),  Klaus Ernst, n’ a pas hésité à déclarer que la chancelière s’était fait mener en bateau par la FDP :  „Merkel a cédé aux manœuvres de chantage, mais la base sur laquelle repose la relation de confiance de cette coalition est détruite“. (journal Passauer Neue Presse)

Ce faisant, il a oublié de préciser que cette base a apparemment disparu depuis déjà bien longtemps… Vous avez dit « fin prématuré de la coalition au pouvoir» ?... Tic tac tic tac tic tac…

 

Toujours est-il que la chancelière semble s’être fait une spécialité de s'impliquer dans les élections des présidents de la République, même dans les pays voisins, puisqu’elle soutient désormais officiellement la candidature d’un autre président de la République qui voudrait bien le rester. Celui de la République française. Ce qui, vu du côté français du Rhin, est considéré par la population comme une ingérence dans les affaires intérieures d’un État étranger.

 

Mais, me direz-vous, étant donné la fin tragique qu’a connue la carrière politique de son protégé Christian Wulff et le revers politique que la chancelière a essuyé dans les négociations récentes pour l’élection du président allemand, à la place de son nouveau protégé, je ne serais pas forcément rassuré…

 

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 15:42

En ce jour du 17 février 2012,  l’Allemagne s’est donnée, à elle-même autant qu’au reste du monde, une leçon de justice démocratique.

D’aucuns parlent déjà d’un événement historique dans l’histoire de la République fédérale d'Allemagne.  Avec la démission - il était temps… ­-  du président de la République allemande, Christian Wulff, au terme de trois mois de résistance et d’aveuglement de sa part face à l’indignation exprimée par la majorité des citoyens et des médias en raison de l’accumulation des affaires et de la menace d’une procédure judiciaire à son encontre, une page se tourne.

Wulff a démissionné parce que selon ses dires, il n’avait plus la confiance de la population.

Parfois, le pouvoir ne tient qu'à un fil... ça fait peur, non?

Les motifs du courroux de tout un pays contre leur – désormais – ancien président ? Diverses accusations, notamment pour conflit d’intérêts, infraction considérée comme très grave dans ce pays, d’autant plus qu’elle concerne le président dont la fonction première est d’incarner l’autorité morale du pays. J’avais déjà expliqué dans un article précédent combien le conflit d’intérêts est pris au sérieux en Allemagne (cf. Les Allemands médusés par les pratiques politiques en France). Pire : mis en cause par les médias, le président allemand n’avait pas hésité à téléphoner au patron du journal concerné (Bild-Zeitung) pour exiger le retrait d’un article et le menacer de représailles. Allons, allons, ces Allemands, comme ils y vont, comme ils sont sourcilleux ! Ne serait-ce juste qu’une tempête dans un verre d’eau ? Toujours est-il que, si dans d’autres pays plus ou moins démocratiques, il n’est pas exclu que  ce genre de pratique puisse faire partie de la routine politicienne, en Allemagne en revanche, dans ce pays régulièrement critiqué ces jours-ci comme étant un donneur de leçons agaçant, on ne rigole pas avec ces choses-là ! Il y va de l’image du pays et de la dignité de la fonction, nous dit-on gravement dans les journaux !

Mazette !

Tout compte fait, peut-être que tout n’est pas si mauvais en Allemagne… Pourrait-on même peut-être y voir un exemple à suivre?

Il faut dire que, dans la population, personne ou presque n’a vraiment compris pourquoi et comment le président entendait se dépêtrer de cette situation à la longue intenable.  

Cette démission représente-t-elle alors une tempête salutaire pour la démocratie?

Certes. Cela dit, les médias y voient plutôt - sobrement - un retour à la normalité! Car en somme, de quoi s’agit-il dans cette affaire ?

Quelqu'un - un président, qui n’était pas à la hauteur de sa fonction, a tiré ou, plus précisément, a été contraint par la réprobation et la résistance conjointes des médias, de la population et pour finir, de manière décisive, de la justice – celle-ci ayant requis la levée de son immunité – de démissionner et ce faisant,  il a laissé le champ libre à un successeur plus digne de la fonction.

En réalité, la véritable anomalie consistait plutôt dans sa persistance à vouloir s’accrocher aux privilèges que lui conférait sa charge et à refuser de démissionner.

En fin de compte, on peut considérer que le système de contrôle allemand a bien fonctionné, que les médias allemands ont été vigilants, et que le système judiciaire du pays a fait son travail de vigilance également.

Bref, en cette semaine où  les Allemands se concentrent sur les préparatifs du carnaval et de ses défilés, la fin du carnaval présidentiel a été saluée avec soulagement par l’annonce de cette démission qui a mis un terme à une affaire qui affectait le pays et son image.

Reste la question du successeur de Wulff.

Sa démission signe également une défaite politique de la chancelière Angela Merkel, qui avait péniblement imposé  contre vents et marées ce membre du sérail CDU comme président, au terme de trois tours de scrutin. Et ce, au détriment du candidat de l’opposition, Joachim Gauck, dont la réputation d’intégrité faisait l’unanimité même au sein du parti de la chancelière. L’intégrité : cette même qualité qui est exigée du président dans sa fonction. 

Cette fois, Merkel a immédiatement proposé de choisir le nouveau président sur un consensus avec les partis d’opposition. Désormais échaudée, elle doit maintenant faire le pas nécessaire et rechercher un candidat qui exerce sa fonction au-dessus des partis.

Il faudra sans nul doute se laisser le temps de chercher un nouveau candidat.

Aujourd’hui, la démocratie allemande a vérifé la thèse selon laquelle il en va de la dignité d’une fonction démocratique qu’elle puisse être critiquée.

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 17:54

 Ne faisons pas l’erreur, à chaque fois que quelqu’un pense différemment, de douter de sa raison ou de sa bonne volonté*. (Otto von Bismarck- 01.04.1815 - 30.07.1898)

Nous assistons en ce moment à une manipulation éhontée des esprits par les médias comme par certains responsables politiques (MM. Fillon et Juppé pour ne pas les nommer) qui utilisent abusivement le terme de « germanophobie » pour accuser tout politicien– de préférence socialiste – osant critiquer la politique de la chancelière allemande et de son gouvernement dans l’affaire de la crise financière européenne, d’attiser la germanophobie des Français.

Et moi qui croyais encore que la germanophobie ne s’use que si l’on ne s’en sert pas !

Soyons sérieux : arrêtons de confondre l’Allemagne avec son gouvernement, comme si critiquer Merkel équivalait à discréditer les Allemands !

Devrait-on, de la même manière, assimiler la France à son président, qui représente, certes, son pays à l’étranger depuis près de cinq ans, mais d’une façon dont beaucoup de Français expatriés se seraient bien passé, notamment au début de son quinquennat (cf. des articles précédents) ?

Et si on pousse l’analyse jusqu’à l’absurde, on pourrait en déduire que critiquer la politique de rigueur toute libérale de sa chancelière CDU (centre droit) quand on est Français, équivaudrait à faire preuve d’anti-germanisme primaire ?!

Ainsi, lorsque les politiciens allemands de la SPD (social-démocratie) et pas seulement eux (plus d’un politicien de la CDU a pu lever les yeux au ciel ces dernières années devant certaines déclarations de notre génial président) critiquent la politique du président français, devrait-on les accuser de comportement anti-français ? Mais où va-t-on ? N’avons-nous plus le droit de critiquer la politique d’un gouvernement de quelque pays voisin sans être soupçonné de raviver un nationalisme primaire ?

Un grand pays ne se dirige pas en fonction des partis. (Otto von Bismarck)

Certes, la comparaison de Merkel avec Bismarck, commise par Montebourg, opportuniste à souhait, était assez cavalière, mais s’il avait parlé de Cameron, il aurait dit qu'il fait une politique à la Thatcher (un Thatcher soft, dit-on déjà) et personne n’aurait trouvé à redire. Quand Montebourg reproche à Merkel de faire une politique à la Bismarck, il parle de la politique de Merkel et de son  camp, la CDU, pas de l’Allemagne et des Allemands en particulier! Qu’il joue inconsciemment sur l’image provoquée, je l’en crois tout-à-fait capable. Cela lui ressemblerait fort bien. Mais, d’une part, l’expression «à la Bismarck » est-elle plus choquante que « à la Thatcher » (qui a laissé de très  mauvais souvenirs à toute une génération, dont la mienne)," à la Sarkozy" ou "à la Berlusconi", chacune faisant référence à un comportement et à des valeurs –ou un manque de valeurs – précis qui leur étaient ou sont propres à chacun?

Là où Bismarck m'inquiète, c'est quand il affirmait, avec l'expérience qui était la sienne:

Lorsqu' un pacte, aussi inoffensif qu’il puisse paraître, est conclu quelque part entre deux puissances, il faut immédiatement se demander qui est celui qui, dans cette affaire, doit être exécuté. (Otto von Bismarck)

On peut se demander quel est le but poursuivi par les politiciens de droite et les médias qui les suivent ou même les devancent dans certains cas (les politiciens sont plutôt du genre réactif de nos jours, et moins proactifs…), si ce n'est de réveiller eux-mêmes un sentiment anti-allemand qui sommeillait dans l'inconscient collectif et qui ne s'était pas encore manifesté jusque-là. Et si demain, un socialiste français critique Cameron et sa politique à la Thatcher, faudra-t-il redouter une nouvelle guerre de cent ans?

On connaît la chanson.

Les médias, tiens, parlons-en !

À l’instar du premier ministre, qui se targue de donner des leçons de vocabulaire – ce qu’on doit et ne doit pas dire – à ses opposants, les médias exploitent l’image de Bismarck comme si l’on avait comparé Merkel au diable.

Irresponsables et naïfs.

Pour deux raisons :

Et d’une : demandez dans la rue aux gens qui est Bismarck, je gage que vous allez bien rigoler en écoutant les réponses !

Alors comme cela, on n’a plus le droit de critiquer la politique d’un dirigeant étranger, qu’elle soit à la Bismarck ou à la Napoléon (ces deux-là avaient manifestement plus d’un point en commun), sans être suspecté d’acte de haute trahison anti-étranger.

Soit-dit en passant, on peut à raison critiquer Bismarck et sa politique d’expansion au détriment de la France dans le cadre de la création de l’empire germanique /1er Reich), mais en son temps, Napoléon n’avait pas laissé non plus que de bons souvenirs au-delà du Rhin…

D'ailleurs, cela me rappelle qu’après l’élection de notre vénéré président, le magazine Stern avait titré en couverture la semaine suivante : le nouveau Napoléon (photo de Sarkozy avec le célèbre couvre-chef sur la tête, bien sûr). Et la photo faisait bien rire les Allemands de ma connaissance. Disons-le, ils ne croyaient pas au nouveau Napoléon, mais ils trouvaient que dans la comparaison, « il y avait un peu de cette aspiration ». Mais aucun politicien allemand n'a fait de procès au Stern pour acte de ridiculisation de la France, le grand pays ami.

Et puis, pour notre premier ministre, si je comprends bien, il y a étranger et étranger. On pourrait comme cela expulser les Roms et autres indésirables de tous horizons et trouver que « quand il y en a trop » (dixit M. Hortefeux), cela créerait des problèmes, mais on ne peut pas impunément critiquer la politique d'une dirigeante du pays voisin en la comparant à un de ses illustres ancêtres politiques. Je tenais l’expression « à la Bismarck » pour une simple expression imagée et je me demande même si Angela Merkel n'a pas été flattée de la comparaison, elle à qui on a reproché si longtemps son indécision. En effet, ayant lu les mémoires de Bismarck, j’ai constaté qu’il était non seulement un assez bon écrivain, mais qu’en plus, il faudrait être de mauvaise foi pour lui contester le titre de grand homme politique parfois même visionnaire, d’ailleurs. Rappelons par exemple que c’est bien sous Bismarck qu’est née la sécurité sociale, à une époque où la France était bien un désert sur le plan des acquis sociaux.

 

En effet : "en 1883 Bismarck a introduit l'assurance-maladie, en 1884, l'assurance-accidents et à partir de 1889, les  salariés ont pu, pour la première fois, s'assurer légalement contre les conséquences du vieillissement et de l'invalidité. Au cours des années suivantes, le système social a été continuellement renforcé : en 1912, a été créée une assurance sociale pour les employés, en 1927, l'assurance chômage est entrée en vigueur." (4)

 

Les médias, de leur côté, utilisent l’image et la comparaison avec Bismarck pour faire croire aux Français qu’il s’agit de tout autre chose que d’une comparaison en matière de style politique. Mais je répète : c’est bien la politique de Merkel qui, est visée parce que, pour des raisons électorales et à cause de la CDU qui irait encore bien plus loin qu’elle dans la ligne dure au sein de l’Europe, elle doit d’un côté ménager la chèvre et le chou à l’extérieur, et pour des raisons électorales aussi, se croit obligée de se montrer intraitable dans son pays.

On ne ment jamais autant qu’avant les élections, pendant la guerre et après la chasse (Otto vonBismarck). (5)

Faut-il encore rappeler que l’Allemagne est un pays démocratique –depuis 1945 tout-de-même et que Merkel et la CDU ne prennent les décisions pour leur pays que parce qu’ils sont – encore – au pouvoir, ayant été démocratiquement élus jusqu’en 2013. A cette date, il se pourrait bien que la SPD, frère politique du PS français, revienne au pouvoir. Avec peut-être Peer Steinbrück comme chancelier. Qui n’est pas, paraît-t-il, le meilleur ami de notre président…

Quant au nationalisme des Allemands dont a parlé un responsable socialiste peu inspiré, comme dans tous les pays européens, il existe d’une certaine manière, notamment depuis la réunification, mais, à ma connaissance, il n’a rien à envier à notre défunt ministère de l’Identité nationale dont nous avaient affublés en leur temps les zélés de la Sarkozie. Et C'était là une entreprise qui, à l’époque, avait d’ailleurs, énormément choqué les Allemands. À juste titre. On m’avait fait remarquer plusieurs fois que si c’étaient les Allemands qui avaient pris l’initiative d’un tel ministère, les Français auraient crié au retour du nationalisme allemand …et, auraient-ils pu ajouter, d’une Allemagne à la Bismarck !!!!!!! Tiens, tiens…

Plus nous sommes forts, plus une guerre est improbable. (6)

 

Bref, cette prétendue « germanophobie » s’apparente à une tempête dans un verre d’eau, mais que les médias savent secouer jusqu’au ras-le-bol des auditeurs, lecteurs et téléspectateurs français.

Misère.

La meilleure réponse à cette agitation bien familière du microcosme médiatique et politique français nous est a été donnée par l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt, dans son discours lors du congrès du SPD, lundi 05 décembre 2011 (lire la traduction dans un autre article à venir).

(1)Verfallen wir nicht in den Fehler, bei jedem Andersmeinenden entweder an seinem Verstand oder an seinem guten Willen zu zweifeln.

(2) Ein großer Staat regiert sich nicht nach Parteiansichten.

(3) Wenn irgendwo zwischen zwei Mächten ein noch so harmlos aussehender Pakt geschlossen wird, muss man sich sofort fragen, wer hier umgebracht werden soll.

 

(4)(extrait de la page Internet www.sozialversicherung.de : les débuts de l'assurance sociale légale en Allemagne).

(5) Es wird niemals so viel gelogen wie vor der Wahl, während des Krieges und nach der Jagd.

(6) Je stärker wir sind, desto unwahrscheinlicher ist der Krieg.

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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 18:53

Le 14 septembre 2011, l'ancien président de la Commission européenne Jacques Delors était l'invité de l'émission "Questions d'infos" retransmise sur la chaîne parlementaire LCP, au cours de laquelle il a été interrogé sur la fameuse "Règle d'or" dont on nous rebat actuellement les oreilles, comme si c'était la panacée, telle la poule aux oeufs d'or ou la Toison d'or, qui balayerait comme par enchantement l'affreuse crise financière actuelle, et avec elle la dette de la Grèce, cette vilaine cigale imprévoyante qui se trouve bien dépouvue maintenant que la bise est venue.

 

Entre bise et bise, d'aucuns diront que la règle d'or, c'est le baiser de la mort ...

 

Dès lors, l'Européen convaincu qu'est Jacques Delors a résolu, dans sa réponse à  la question sur la règle d'or, de nous faire gentiment la démonstration du "foutage de gueule" que représente cette règle d'or en priant discrètement nos politiciens de deuxième catégorie d'aller se faire voir chez les Grecs. 

   

Ma foi, à 86 ans, il a toujours autant de panache et paraît bien plus lucide sur la question que maints chefs d'état, ici agités, là indécis, qui ne savent plus comment accompagner au mieux la dette à défaut de l'éponger en attendant que les élections se passent. 

 

Mais on peut se demander si Delors lui-même n'est pas plutôt mal placé pour faire la leçon aux autres, lui dont je me suis laissé dire par une juriste spécialiste en droit européen, que son action à la tête de la Commission européenne, en négligeant de mettre les garde-fous qui s'imposaient à l'époque pour garantir l'avenir de l'Union européenne, aurait bien contribué en son temps à l'étendue du bourbier qu'est devenue l'Europe libérale. N'avait-il vraiment rien vu venir?

Autant dire qu'il est facile de se montrer visionnaire vingt ans plus tard et de reprocher aux autres ce que l'on n'a pas fait soi-même quand on était aux commandes et qu'il était encore temps... 

  

Mais voici, dans le texte, l'avis de M. Delors dorénavant sur la "fameuse" règle d'or :

 

Rédaction : "Il existe un débat selon lequel tout irait mieux si tous les pays annonçaient et votaient une règle d'or et s'engageaient sur la maîtrise des déficits.

 

Delors -  "Une règle d'or, pour qu'elle soit valable, il faut qu'elle définisse bien ce qu'on appelle un déficit.

Prenons un exemple : un pays X a 96% de recettes par rapport à 100% de dépenses. Il se trouve que les 4 % de dépenses en plus sont des dépenses  d'avenir. Est-ce qu'il doit tout financer par les recettes de cette année? Est-ce que, puisque ces dépenses profiteront aux nouvelles générations, il ne peut pas emprunter? Vous connaissez, vous, une entreprise dynamique, industrielle, qui a réussi sans emprunter pour investir un peu plus? Donc, il faut préciser. 

 

La règle d'or, c'est un peu comme celui qui va à confesse et qui dit : je ne recommencerai plus...

 

On se fout du monde et pour la France, je n'en dis pas plus, la règle d'or, c'est un piège à cons pour l'opposition!

 

Rédaction :  Donc, la confesse, ça ne vaut rien et la règle d'or non plus? 

 

Delors - oui. Moi, si on m'explique... J'ai lu le texte français. Le texte francais :  on attend une loi organique. C'est dans la loi organique qu'on saura exactement comme on va faire! Je la cherche toujours, la loi organique...

Je répète mon mot en m'excusant de la grossièreté, mais des fois, il n'y a que comme ça qu'on se fait comprendre.

 

Rédaction: Qui est-ce qui nous prend pour des cons?

 

Delors - hum...c'est-à-dire : la règle d'or, ça fait rêver. La formule est bien choisie, c'est une formidable opération de marketing, mais derrière, c'est le vide.

 

Rédaction : mais l'idée que cela puisse rassurer les agences de notation?

 

Delors : Pensez-vous! Les agences de notation, elles continuent leur travail, ce n'est pas le diable, mais il n'empêche que si on avait une agence de notation européenne indépendante, qui aiderait le Conseil de l'euro à travailler et nos banques aussi, ce ne serait pas si mal...

 

Bref, on peut le constater, pour Delors, la règle d'or, c'est uniquement un "effet d'annonce".

 

Pour finir, Jacques Delors cite cette phrase de Mendès-France, à méditer en ces temps de pré-campagne électorale : "il est inadmissible que quelqu'un n'exécute pas les promesses qu'il a faites pendant la campagne électorale".

 

Ma règle d'or, ta règle d'or, sa règle d'or, notre règle d'or, votre règle d'or, leur règle d'or ... il n'a pas tort, c'est un piège à cons!

 

Et comme disait si bien Perceval : "C'est pas faux!"

 

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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 00:00

Celui-là, je le ferai court.

Vous n'aviez pas assez envie de vomir?

Une petite visite sur le site d'Amnesty International....

saisir :Libye...

mais pas que...

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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 16:11

Entendu hier matin, 18 février, aux infos de de 7:00 heures, sur France Inter,  la correspondante du quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, Michaela Wiegel, qui commentait de façon lapidaire le malaise actuel de la diplomatie française :

 

"L'opinion publique allemande n'accepterait pas que leurs responsables se fassent inviter par un pouvoir étranger parce qu'il y a tout-de-suite le soupçon d'un conflit d'intérêts. Le véritable problème, c'est : qu'est-ce que la France veut faire avec le changement en cours? Il faudrait que le président de la République donne une direction, ça détermine aussi le destin de son ministre des Affaires étrangères, alors que le ministre des Affaires étrangères allemand et le ministre des Affaires étrangères britannique sont déjà allés  à Tunis, sa ministre française n'a pas encore pu le faire. C'est une vraie différence." 

 

C'est sur un ton consterné (avec peut-être aussi une teinte d'ironie?) que Michaela Wiegel  nous a donc expliqué que la crise, voire la paralysie actuelle de la diplomatie française, est encore aggravée par l'obstination de ses responsables refusant de tirer les conséquences de leurs actes. Mais surtout, que les politiciens ne pourraient pas se permettre un tel comportement en Allemagne parce que les Allemands ne l'accepteraient pas.


Salaud de peuple, diraient certains mal intentionnés!

 

On savait déjà que les Allemands ne sont pas des rigolos (c'est mon voisin qui le dit, il sait de quoi il parle, il est Allemand...), mais là, ils gâchent carrément les vacances de nos VIP! Mais, me dira-t-on, pour qui se prennent-ils, ces Allemands, de critiquer comme cela, sans y être invités, notre fine politique étrangère et sa plus illustre représentante, MAM, d'autant plus célèbre depuis sa fâcheuse virée familiale effectuée chez un puissant homme d'affaires apparemment lié à l'ancien pouvoir Tunisien au moment-même où la Tunisie était en pleine révolution pour tenter de se débarasser de son despote?

 

Mais voilà, nos voisins outre-Rhin s'émeuvent et nous tirent les oreilles pour essayer de nous réveiller : et la diplomatie française, dans tout cela, hein ?  Où est-elle passée ? Après-tout, l'Allemagne fait partie de l'Europe, la France fait partie de l'Europe, et ce qui concerne les Français concerne aussi les Allemands. Eh bien, ils ne comprennent pas que la crise diplomatique s'éternise uniquement parce que la ministre - tout autant que son président -  refuse de voir la réalité du conflit d'intérêts en face.  Bref, en Allemagne, cela n'aurait pas fait long feu : le ministre en question se serait débarqué tout seul. Par "décence", sans doute. "Anständigkeitshalber", dit-on en allemand. On pourrait toujours balayer la critique en disant que les Allemands, qui pointent du doigt la pratique de la politique en France, n'ont rien compris à la fameuse "exception française", semble-t-il... 


Mais l'inverse est vrai également.

On a souvent dit que, si le courant ne passait pas entre le président français et la chancelière allemande, c'est que ce président ne comprenait rien à la mentalité allemande (il suffit de rappeler les tapes dans le dos qu'il a faites à A. Merkel lors de sa première visite officielle à Berlin, she was not amused).

Pratiquer "l'Allemand", dans le texte et partout ailleurs, ce n'est pourtant pas si compliqué, même si cela pourrait poser un réel problème à la mentalité de certains de nos politiciens français : il suffit de savoir que l'Allemand (pour simplifier) est tout aussi conscient de ses droits que de ses devoirs. Et on pourrait même préciser qu'il est très conscient de ses droits à lui et encore plus conscient des devoirs des autres. Et par conséquent, cela s'applique tout autant à ses représentants locaux et nationaux qu'à son voisin de palier. Gare à celui qui est pris le nez dans la confiture! S'il a une quelconque responsabilité politique, c'est la démission automatique.

 

 

Mais en France, exception française oblige, sans doute, on ne démissione pas pour si peu. Et il semblerait même que l'on en soit arrivé à cette situation hallucinante qui veut qu'un ministre des Affaires étrangères tunisien puisse être poussé à la démission à son retour de France pour avoir trop couvert de louanges la ministre des Affaires étrangères française alors qu'il était en visite à Paris, parce que cette dernière avait proposé le fameux savoir-faire des forces de sécurité "reconnu dans le monde entier" (dixit) au pouvoir despotique en place au moment-même où les manifestants tunisiens se faisaient tirer dessus par les forces de police de leur pays. Un vrai tour de force!


Il n'en faut pas plus pour déboussoler une journaliste allemande, forte de sa notion des droits et des devoirs (cf. plus haut), et pragmatique de surcroît, comme on dit que le sont, bien entendu, tous les Allemands...

 

Et rien d'étonnant que, poussant la logique jusqu'à l'absurde, elle en tire la conclusion - apparemment - étonnante, selon laquelle la Ministre des Affaires étrangères du pays des Droits de l'Homme ne peut même pas représenter la France à l'Étranger.


Ce qui illustre bien la citation : "Le ridicule ne tue pas, mais il met mal à l'aise."

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 16:01

Il suffit de lire quelques articles de la presse allemande pour se rendre compte que la politique étrangère de l'Union européenne au Maghreb s'est calquée au fil du temps sur la politique française qui, avançant les arguments de la proximité historique avec ces  pays,  revendiquait son expérience en la matière. 

 

Il faut dire que jusqu'ici, l’Allemagne a poursuivi ses intérêts en Afrique du Nord à pas plutôt feutrés. Il était si aisé de laisser la direction européenne des affaires au Maghreb à l‘ancienne force colonniale française, dont on supposait qu’elle connaissait traditionnellement bien le terrain.

Mais après le désastre de la diplomatie de la France¸ son rôle de guide dans la région s'avère particulièrement remis en question.

 

Depuis au moins une semaine, c'en est fini de l'aveuglement de nos pays voisins, la France s'est mise hors jeu, ne serait-ce que par la légéreté voire l'inconscience avec laquelle ses représentants officiels, de l'Ambassadeur de France à Tunis à la ministre des Affaires étràngères, ont traité la question. Et il ne faut pas s'étonner de voir la guillotine journalistique teutonne s'abattre ainsi sur la politique étrangère française (Die Zeit du 20 janvier 2011- J. Bittner/J. Lau) :

 

"Dorénavant, le gouvernement de la France a honte de  sa proximité passée avec le dictateur déchu.

 Trois ans ne se sont pas encore écoulés depuis que le président français Sarkozy recevait en grande pompe, au nom de l’UE, toute une kyrielle de monarques et de dictateurs de ces pays, pour participer côte-à-côte au défilé annuel du 14 juillet, censé fêter la naissance des Droits de l’homme. En 2008, le président a déroulé le tapis rouge pour recevoir les dirigeants arabes et fêter la naissance de l’Union méditerranéenne! De cette coopération renforcée avec des autocrates", [ndlr.: entreprise considérée d’ailleurs d’un mauvais oeil par le gouvernement de Merkel – pour des raisons purement de rapports de forces au sein de l'UE], "l’UE tablait sur des État mieux gouvernés le long de la côte africaine et moins d’immigration et elle promettait en échange aux partenaires des milliards en programmes de développement . Au coeur de cette stratégie prédominait le parti-pris que l’on avait à faire à des dirigeants réformateurs…"

 

   Conclusion des auteurs de l'article :

 

 "Il faudra bien, à Paris comme à Bruxelles et à Berlin, repenser l’attitude à avoir avec cette région du monde."

 

Il paraîtrait, à lire Die Zeit, que la Suède et les autres états scandinaves ainsi que la Grande-Bretagne réclament des signes forts et clairs pour que l’Europe se prononce en faveur de la démocratisation en Afrique du Nord, tandis que Berlin souhaiterait que l’UE salue avec plus d’enthousiasme le début d’une „nouvelle ère“ en Tunisie.

Les diplomates allemands seraient également impatients que Catherine Ashton, la représentante des affaires étrangères de l’UE, se rende incessamment en Tunisie.

 

Certes, il ne s'agit pas, pour un État démocratique ou pour l'Union européenne, de se muer en association caritative, mais la morale ne devrait pas être absente du réalisme politique, même si elle peut entrer en conflit avec la fameuse "Realpolitik". Et c'est bien là que le bât blesse.

  

En effet, c'est sur la crédibilité morale de l'UE, née des expériences douloureuses de la Seconde guerre mondiale, que repose l'influence de l'UE.  C'est sa force. Mais ses États qui la composent, sous couvert de pratiquer la culture du dialogue plutôt que du bâton, se dispensent de repenser régulièrement leur stratégie de politique étrangère et de mettre certains "points sur les i" en matière des droits de l'homme à des dictateurs qui en déduisent alors qu'ils ont carte blanche pour s'adonner à la répression et à la torture.

 

En quoi, comme le prouvent les derniers événements tunisiens, l'UE serait bien inspirée de comprendre qu'il vaut mieux se mettre du côté des peuples que de leurs dictateurs. Cela aussi, c'est de la Realpolitik. Et avec la morale en plus. 

 

Fin.

 

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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 19:44

À  l’heure où la plupart  des dirigeants européens, soi-disant  experts  en démocratie,  se bousculent  devant les micros pour  mettre en garde leurs „amis“ tunisiens et  égyptiens devant  les possibles dangers de dérapage de  leur Révolution du Jasmin et du Papyrus, qu’ils les pressent de rétablir la sacro-sainte  stabilité politique de leur pays  (celle-là même qui était mise en avant pour justifier tous les copinages possibles et imaginables avec leur dirigeant  tyrannique  Ben Ali), on sent bien que „l’impératif démocratique“  a toujours été le moindre des soucis des pays de  l’Union européenne. 

 L’obsession de la stabilité d’une région menée de main de fer  par un pouvoir dictatorial a toujours déterminé la politique des pays européens et de l’Union européenne en général. Pour les besoins de leurs intérêts économiques, bien sûr. On en voudrait pour preuve encore récemment : le dictateur ousbèque Islam Karimow, qui avait fait tirer en 2005 sur des centaines de manifestants non armés dans la ville ousbèque Andischan, faisant d'inombrables morts, femmes et enfants compris, vient d'être reçu, avec les honneurs, nous dit-on, à Bruxelles, par le président de la Commission européenne Barroso. Il y a beaucoup de ressources naturelles en Ousbékisan (pétrole, gaz)...

Point  besoin de Wikileaks pour constater dorénavant  le désastre de la politique étrangère européenne.  En premier,  leur incompétence à l’échelle internationale.  Ensuite le peu de cas qu’ils font du destin des peuples. Et de leurs libertés. Dans la foulée,  il semble que ce ne soit pas seulement l’Union européenne dans son ensemble  qui  s’est discréditée dans cette affaire, mais au premier rang de celle-ci, la France, qui a toujours revendiqué en Europe une connaissance privilégiée du Maghreb.  Avec le succès que l’on sait.

Il suffirait  pour s’en convaincre de lire les propos rapportés par l'hebdomadaire allemand Die Zeit (du 20.01.2011- J.Bittner/j: Lau) du ministre suédois des Affaires étrangères , Carl Bildt, lorsqu'il fait l’autocritique de l’Union européenne pour reconnaître  désormais : „Dans le cas de la Tunisie, il est assez évident que notre stratégie a échoué“.       

Quand il dit „notre“ stratégie, il veut évidemment dire la stratégie de l’Union européenne et des pays européens en général. Et il se demande même „si nous avons réclamé avec une énergie suffisante  le respect des droits de l’homme“.       

Qu'en termes choisis ces choses-là sont dites!

Au fait , c’était quoi, jusqu’ici,  la stratégie de l’Union européenne  au sujet de la Tunisie et de son tyran Ben Ali?

Elle pouvait se résumer en trois mots, comme le disent si justement les auteurs de l'article: anti-terrorisme, tourisme et énergie.

Mais sans stabilité politique, rien de tout cela. Un pays alors gouverné de façon autoritaire est ainsi devenu une garantie de stabilité dans l’esprit de l’Union européenne. Et partant, un impératif politique. Comme si les concepts de „démocratie“ et de „droits de l’homme“ étaient perçus a contrario  comme des  notions moins „porteuses“ pour les attentes européennes, voire des facteurs de fragilisation du système politique et bien plus grave encore: économique.

La preuve : trois jours à peine avant la chute du tyran Ben Ali, Alliot-Marie avait proposé au régime tunisien l’aide des forces de sécurité françaises  pour assurer la sécurité lors des manifestations.

On pourrait lui rétorquer ceci:

vu la pléthore de policiers qu’il y avait déjà en Tunisie, on se demande bien pourquoi une telle proposition…

MAM a bien expliqué avec force indignation qu’il s’agissait d’une offre de formation des forces de police. Au regard de l’urgence de la situation, on pourrait se demander de quelle formation elle parlait: qu’elle soit théorique ou pratique ou bien les deux, une formation, quelle qu’elle soit, ne se fait pas en quelques minutes, mais en plusieurs mois et plusieurs sessions avec mise en pratique. Question crédibilité, une telle proposition ferait rire si la situation n'avait été si dramatique...

On est en droit de supposer également que, pour ce qui est de la formation pratique, les policiers tunisiens étaient formés. D’autant plus qu’il serait bien étonnant  qu’il n‘ y ait pas eu déjà auparavant des programmes d’échanges dans la formation des forces de police entre la Tunisie et les autres pays. La pratique est courante. 

Cette proposition hallucinante de la ministre des Affaires étrangères a d’ailleurs mis en émoi la presse étrangère, qui accordait jusqu’ici à la France le privilège d’une meilleure connaissance des pays du Maghreb, en raison de son histoire colonniale. On peut même lire ceci dans l’hebdomadaire allemand  DIE ZEIT, sous la plume de Andrea Böhm – Europas Werte (du 21.01.2011) :

 

 

L’Europe s’est non seulement gardée d’exiger du régime de Ben Ali les libertés civiques et les droits de l‘homme. Elle a de surcroît offert au régime dictatorial son aide pour réprimer les manifestations,  Michèle Alliot-Marie suggérant que „le savoir faire, reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécurité, permette de régler des situations sécuritaires de ce type", au moment-même où la police tunisienne tirait sur la foule."

  

  Et l'auteur d'ajouter :

 

„Si c’était Hillary Clinton qui avait énoncé pareille phrase, les politiciens et commentateurs européens  se seraient drapés durant des semaines dans leur indignation morale. Dans le cas d‘Alliot-Marie, le degré de protestation de ses collègues européens a été égal à  zéro. En effet, la politique de la France au Maghreb était  portée jusqu’ici par l’ensemble de l’Union européenne. Également par l’Allemagne.“

 

Comme dit l'autre (notre ami Perceval) : "C'est pas faux"!

(À suivre)

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