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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 19:44

À  l’heure où la plupart  des dirigeants européens, soi-disant  experts  en démocratie,  se bousculent  devant les micros pour  mettre en garde leurs „amis“ tunisiens et  égyptiens devant  les possibles dangers de dérapage de  leur Révolution du Jasmin et du Papyrus, qu’ils les pressent de rétablir la sacro-sainte  stabilité politique de leur pays  (celle-là même qui était mise en avant pour justifier tous les copinages possibles et imaginables avec leur dirigeant  tyrannique  Ben Ali), on sent bien que „l’impératif démocratique“  a toujours été le moindre des soucis des pays de  l’Union européenne. 

 L’obsession de la stabilité d’une région menée de main de fer  par un pouvoir dictatorial a toujours déterminé la politique des pays européens et de l’Union européenne en général. Pour les besoins de leurs intérêts économiques, bien sûr. On en voudrait pour preuve encore récemment : le dictateur ousbèque Islam Karimow, qui avait fait tirer en 2005 sur des centaines de manifestants non armés dans la ville ousbèque Andischan, faisant d'inombrables morts, femmes et enfants compris, vient d'être reçu, avec les honneurs, nous dit-on, à Bruxelles, par le président de la Commission européenne Barroso. Il y a beaucoup de ressources naturelles en Ousbékisan (pétrole, gaz)...

Point  besoin de Wikileaks pour constater dorénavant  le désastre de la politique étrangère européenne.  En premier,  leur incompétence à l’échelle internationale.  Ensuite le peu de cas qu’ils font du destin des peuples. Et de leurs libertés. Dans la foulée,  il semble que ce ne soit pas seulement l’Union européenne dans son ensemble  qui  s’est discréditée dans cette affaire, mais au premier rang de celle-ci, la France, qui a toujours revendiqué en Europe une connaissance privilégiée du Maghreb.  Avec le succès que l’on sait.

Il suffirait  pour s’en convaincre de lire les propos rapportés par l'hebdomadaire allemand Die Zeit (du 20.01.2011- J.Bittner/j: Lau) du ministre suédois des Affaires étrangères , Carl Bildt, lorsqu'il fait l’autocritique de l’Union européenne pour reconnaître  désormais : „Dans le cas de la Tunisie, il est assez évident que notre stratégie a échoué“.       

Quand il dit „notre“ stratégie, il veut évidemment dire la stratégie de l’Union européenne et des pays européens en général. Et il se demande même „si nous avons réclamé avec une énergie suffisante  le respect des droits de l’homme“.       

Qu'en termes choisis ces choses-là sont dites!

Au fait , c’était quoi, jusqu’ici,  la stratégie de l’Union européenne  au sujet de la Tunisie et de son tyran Ben Ali?

Elle pouvait se résumer en trois mots, comme le disent si justement les auteurs de l'article: anti-terrorisme, tourisme et énergie.

Mais sans stabilité politique, rien de tout cela. Un pays alors gouverné de façon autoritaire est ainsi devenu une garantie de stabilité dans l’esprit de l’Union européenne. Et partant, un impératif politique. Comme si les concepts de „démocratie“ et de „droits de l’homme“ étaient perçus a contrario  comme des  notions moins „porteuses“ pour les attentes européennes, voire des facteurs de fragilisation du système politique et bien plus grave encore: économique.

La preuve : trois jours à peine avant la chute du tyran Ben Ali, Alliot-Marie avait proposé au régime tunisien l’aide des forces de sécurité françaises  pour assurer la sécurité lors des manifestations.

On pourrait lui rétorquer ceci:

vu la pléthore de policiers qu’il y avait déjà en Tunisie, on se demande bien pourquoi une telle proposition…

MAM a bien expliqué avec force indignation qu’il s’agissait d’une offre de formation des forces de police. Au regard de l’urgence de la situation, on pourrait se demander de quelle formation elle parlait: qu’elle soit théorique ou pratique ou bien les deux, une formation, quelle qu’elle soit, ne se fait pas en quelques minutes, mais en plusieurs mois et plusieurs sessions avec mise en pratique. Question crédibilité, une telle proposition ferait rire si la situation n'avait été si dramatique...

On est en droit de supposer également que, pour ce qui est de la formation pratique, les policiers tunisiens étaient formés. D’autant plus qu’il serait bien étonnant  qu’il n‘ y ait pas eu déjà auparavant des programmes d’échanges dans la formation des forces de police entre la Tunisie et les autres pays. La pratique est courante. 

Cette proposition hallucinante de la ministre des Affaires étrangères a d’ailleurs mis en émoi la presse étrangère, qui accordait jusqu’ici à la France le privilège d’une meilleure connaissance des pays du Maghreb, en raison de son histoire colonniale. On peut même lire ceci dans l’hebdomadaire allemand  DIE ZEIT, sous la plume de Andrea Böhm – Europas Werte (du 21.01.2011) :

 

 

L’Europe s’est non seulement gardée d’exiger du régime de Ben Ali les libertés civiques et les droits de l‘homme. Elle a de surcroît offert au régime dictatorial son aide pour réprimer les manifestations,  Michèle Alliot-Marie suggérant que „le savoir faire, reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécurité, permette de régler des situations sécuritaires de ce type", au moment-même où la police tunisienne tirait sur la foule."

  

  Et l'auteur d'ajouter :

 

„Si c’était Hillary Clinton qui avait énoncé pareille phrase, les politiciens et commentateurs européens  se seraient drapés durant des semaines dans leur indignation morale. Dans le cas d‘Alliot-Marie, le degré de protestation de ses collègues européens a été égal à  zéro. En effet, la politique de la France au Maghreb était  portée jusqu’ici par l’ensemble de l’Union européenne. Également par l’Allemagne.“

 

Comme dit l'autre (notre ami Perceval) : "C'est pas faux"!

(À suivre)

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