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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 15:42

En ce jour du 17 février 2012,  l’Allemagne s’est donnée, à elle-même autant qu’au reste du monde, une leçon de justice démocratique.

D’aucuns parlent déjà d’un événement historique dans l’histoire de la République fédérale d'Allemagne.  Avec la démission - il était temps… ­-  du président de la République allemande, Christian Wulff, au terme de trois mois de résistance et d’aveuglement de sa part face à l’indignation exprimée par la majorité des citoyens et des médias en raison de l’accumulation des affaires et de la menace d’une procédure judiciaire à son encontre, une page se tourne.

Wulff a démissionné parce que selon ses dires, il n’avait plus la confiance de la population.

Parfois, le pouvoir ne tient qu'à un fil... ça fait peur, non?

Les motifs du courroux de tout un pays contre leur – désormais – ancien président ? Diverses accusations, notamment pour conflit d’intérêts, infraction considérée comme très grave dans ce pays, d’autant plus qu’elle concerne le président dont la fonction première est d’incarner l’autorité morale du pays. J’avais déjà expliqué dans un article précédent combien le conflit d’intérêts est pris au sérieux en Allemagne (cf. Les Allemands médusés par les pratiques politiques en France). Pire : mis en cause par les médias, le président allemand n’avait pas hésité à téléphoner au patron du journal concerné (Bild-Zeitung) pour exiger le retrait d’un article et le menacer de représailles. Allons, allons, ces Allemands, comme ils y vont, comme ils sont sourcilleux ! Ne serait-ce juste qu’une tempête dans un verre d’eau ? Toujours est-il que, si dans d’autres pays plus ou moins démocratiques, il n’est pas exclu que  ce genre de pratique puisse faire partie de la routine politicienne, en Allemagne en revanche, dans ce pays régulièrement critiqué ces jours-ci comme étant un donneur de leçons agaçant, on ne rigole pas avec ces choses-là ! Il y va de l’image du pays et de la dignité de la fonction, nous dit-on gravement dans les journaux !

Mazette !

Tout compte fait, peut-être que tout n’est pas si mauvais en Allemagne… Pourrait-on même peut-être y voir un exemple à suivre?

Il faut dire que, dans la population, personne ou presque n’a vraiment compris pourquoi et comment le président entendait se dépêtrer de cette situation à la longue intenable.  

Cette démission représente-t-elle alors une tempête salutaire pour la démocratie?

Certes. Cela dit, les médias y voient plutôt - sobrement - un retour à la normalité! Car en somme, de quoi s’agit-il dans cette affaire ?

Quelqu'un - un président, qui n’était pas à la hauteur de sa fonction, a tiré ou, plus précisément, a été contraint par la réprobation et la résistance conjointes des médias, de la population et pour finir, de manière décisive, de la justice – celle-ci ayant requis la levée de son immunité – de démissionner et ce faisant,  il a laissé le champ libre à un successeur plus digne de la fonction.

En réalité, la véritable anomalie consistait plutôt dans sa persistance à vouloir s’accrocher aux privilèges que lui conférait sa charge et à refuser de démissionner.

En fin de compte, on peut considérer que le système de contrôle allemand a bien fonctionné, que les médias allemands ont été vigilants, et que le système judiciaire du pays a fait son travail de vigilance également.

Bref, en cette semaine où  les Allemands se concentrent sur les préparatifs du carnaval et de ses défilés, la fin du carnaval présidentiel a été saluée avec soulagement par l’annonce de cette démission qui a mis un terme à une affaire qui affectait le pays et son image.

Reste la question du successeur de Wulff.

Sa démission signe également une défaite politique de la chancelière Angela Merkel, qui avait péniblement imposé  contre vents et marées ce membre du sérail CDU comme président, au terme de trois tours de scrutin. Et ce, au détriment du candidat de l’opposition, Joachim Gauck, dont la réputation d’intégrité faisait l’unanimité même au sein du parti de la chancelière. L’intégrité : cette même qualité qui est exigée du président dans sa fonction. 

Cette fois, Merkel a immédiatement proposé de choisir le nouveau président sur un consensus avec les partis d’opposition. Désormais échaudée, elle doit maintenant faire le pas nécessaire et rechercher un candidat qui exerce sa fonction au-dessus des partis.

Il faudra sans nul doute se laisser le temps de chercher un nouveau candidat.

Aujourd’hui, la démocratie allemande a vérifé la thèse selon laquelle il en va de la dignité d’une fonction démocratique qu’elle puisse être critiquée.

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commentaires

N
Entièrement d'accord lorsque tu écris que l'on pourrait s'inspirer de cet exemple. Mais est-ce possible dans notre monarchie républicaine? Il est vrai que l'on s'irrite en ce moment de voir<br /> l'Allemagne érigée en exemple. Mais ce n'est pas l'Allemagne qui s'érige en exemple, c'est notre "cher" Président qui en panne d'inspiration et de guru se cramponne à Angela Merkel comme à _une<br /> bouée de sauvetage.<br /> <br /> Donc, oui, il y a bien des choses dont on peut s'inspirer chez nos voisins sans que notre amour propre n'en souffre! Et d'ailleurs, l'excellente série danoise "Borgen" qui passe actuellement sur<br /> arte monte à quel point le fonctionnement de nos institutions pourrait être amélioré si on arrêtait de se regarder le nombril.
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