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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 13:42

 

Joachim Gauck, 72 ans, ancien adversaire malheureux  de Christian Wulff aux dernières élections présidentielles de 2010, sera finalement désigné comme le prochain président de la République fédérale d’Allemagne, après la démission péniblement arrachée à Wulff, tombé en disgrâce pour n’avoir pas compris que le président doit être avant tout une autorité morale (mais est-il bien le seul au « royaume » des présidents de tous pays ?). 

L’élection du pasteur Gauck, ancien défenseur des droits de l’homme dans l’ex-RDA, marque à plusieurs titres un énorme revers politique pour Angela Merkel, qui avait soutenu obstinément la candidature de Christian Wulff en 2010 contre celle de Joachim Gauck, alors que celui-ci était à l’époque non seulement le favori de l’opposition, mais aussi de la population.

D’une part, comme l’a expliqué à la télévision la secrétaire générale de la SPD, Andrea Nahles, madame Merkel ne s’est décidée à appuyer la candidature de l’ancien défenseur des droits de l’homme en RDA au poste de successeur de  Christian Wulff qu’au terme de discussions longues et difficiles, et ce, pour une seule raison :   „Madame Merkel aurait dû avouer qu’elle avait commis une faute il y a deux ans (lors de l’élection présidentielle). Finalement, C’est bien cet aveu qu’elle a dû faire.“

D’autre part, les négociations précédant l’annonce du soutien de Merkel à Joachim Gauck ont ébranlé une fois de plus la coalition dirigée par Angela Merkel. En effet, ce n’est que dimanche soir, au terme de longues et pénibles discussions, que les partis de la coalition au pouvoir, CDU, CSU et FDP (libéraux) se sont mis d’accord pour soutenir la candidature de Gauck,  favori du parti social-démocrate SPD et des Verts.

 

Auparavant, les libéraux de la FDP ont créé la surprise en se rangeant subitement au côté  des partis d’opposition pour soutenir l’ancien opposant au régime de la RDA et fondateur du commissariat aux archives de la Stasi ( l’ancien ministère de la sécurité de la RDA - Stasiunterlagen-Behörde). Par ce volte-face significatif de l’état dans lequel se trouve le petit parti des libéraux, en chute libre dans les sondages, ce dernier cherche à redorer son blason politique et, agissant ainsi plus par pure stratégie électorale que par conviction, il porte un nouveau coup de boutoir à la coalition au pouvoir. En cédant aux exigences de la FDP sur la question du choix du futur président de la République allemande, Merkel a en premier lieu cherché à éviter la fin prématurée de la coalition. Mais il s’agit bien là d’une crise de confiance entre la FDP et ses partenaires de la coalition.

 

Gauck peut désormais bénéficier d’un large soutien dans les deux chambres de la Fédération. Et pour la première fois dans son histoire d’après-guerre, l’Allemagne aura deux anciens citoyens de  la RDA au sommet de l’État fédéral.

 

Le président doit être élu au plus tard le 18 mars de cette année. Bien sûr, fidèle à son habitude de ne pas vouloir faire de vagues, Merkel a officiellement tressé des louanges à Gauck, le décrivant comme un „véritable professeur de la démocratie“, capable de donner des impulsions décisives sur les questions touchant la globalisation, la solution à la crise de la dette et le perfectionnement de la démocratie. Gauck a déclaré pour sa part qu’il voulait véhiculer l’idée auprès des Allemands qu’ils « vivent dans un beau pays qu’ils peuvent aimer ».

 

 Dans un entretien télévisé, Andrea Nahles a déclaré que Gauck pourrait se révéler être un président « dérangeant ». „Mais je ne veux pas non plus d’un président de la République qui soit facile à vivre“, a-t-elle dit. « Il est à ce poste pour dire leurs quatre vérités au monde de la politique et aux gens de ce pays. Et cela, Joachim  Gauck est en mesure de le faire avec une grande autorité morale“. Déclarant que Gauck recherchera le dialogue avec les citoyens, elle a ajouté : « et c’est ce que j’attends en fait de lui : qu’il comble de nouveau en partie le fossé existant entre la politique et les citoyens ».

 

Quant à Angela Merkel, il semble bien que l’élection du futur président, déjà affublé du sobriquet affectif « président des cœurs »,  ait ébranlé son autorité au sein de la coalition. En effet, les médias autant que les partis d’opposition voient dans la désignation de Gauck le résultat d’un chantage exercé par le si petit parti  de la FDP envers son grand partenaire de la coalition : le chef du parti de gauche (die Linke, pendant allemand du Front de gauche),  Klaus Ernst, n’ a pas hésité à déclarer que la chancelière s’était fait mener en bateau par la FDP :  „Merkel a cédé aux manœuvres de chantage, mais la base sur laquelle repose la relation de confiance de cette coalition est détruite“. (journal Passauer Neue Presse)

Ce faisant, il a oublié de préciser que cette base a apparemment disparu depuis déjà bien longtemps… Vous avez dit « fin prématuré de la coalition au pouvoir» ?... Tic tac tic tac tic tac…

 

Toujours est-il que la chancelière semble s’être fait une spécialité de s'impliquer dans les élections des présidents de la République, même dans les pays voisins, puisqu’elle soutient désormais officiellement la candidature d’un autre président de la République qui voudrait bien le rester. Celui de la République française. Ce qui, vu du côté français du Rhin, est considéré par la population comme une ingérence dans les affaires intérieures d’un État étranger.

 

Mais, me direz-vous, étant donné la fin tragique qu’a connue la carrière politique de son protégé Christian Wulff et le revers politique que la chancelière a essuyé dans les négociations récentes pour l’élection du président allemand, à la place de son nouveau protégé, je ne serais pas forcément rassuré…

 

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