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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 23:38

La stratégie de la bise. Assûrément un vrai casse-tête pour Angela.

S'il y a une pratique qui pose problème aux Allemands, c'est bien la bise à la française. Et si ce n'était que la bise ! Notre président nous a presque provoqué une crise diplomatique avec sa manie de flanquer des tapes dans le dos à ses collègues, notamment à la chancelière qui n'a pas du tout aimé, si l'on en croit la presse allemande d'alors.

Les Allemands serrent la main, c'est bien connu. Voici même à ce sujet ce que l'on peut lire dans un article de l'hebdomadaire allemand die Zeit, spécialement consacré à la pratique de la bise**:

"La pantomime de la salutation à la française lancée en l'air - appelée
la bise
- est une pratique à laquelle nous pouvons, nous, dans le meilleur des cas, nous exercer. Mais le chemin  qui mène de la simple technique à l'élégance naturelle est long et pavé de questions formelles. Les joues doivent-elles se toucher à peine ou pas du tout? La bouche doit-elle être en "cul de poule" comme pour un vrai baiser ?" etc...

Histoire de rendre la tâche plus difficile à la chancelière, voilà que le président français lui balançait, outre des bises en guise de salutations, des tapes dans le dos.  Croyait-il avoir à faire à "bobonne" et s'imaginait-il qu'il allait la faire fondre par une familiarité de façade? C'était mal la connaître.

Faisant assûrément contre mauvaise fortune bon coeur, elle a encaissé le coup et puis, au fil du temps, on s'est ape
rçu qu'elle avait adopté une stratégie de défense.

Puisque, dit-on, la meilleure défense est l'attaque, elle y est allée franchement
(voir photo).
Sa stratégie est même explicitée dans l'article de
die Zeit, où l'on nous montre, photo à l'appui, qu'elle a repris à son compte l'arme de la bise et l'a retournée contre son  "assaillant" ! Je cite :

"Angela Merkel a été elle aussi, élevée dans la culture de la poignée de mains et a dû s'habituer à la cérémonie de la bise pratiquée en guise de salutation par le pays voisin. Par l'accolade très énergique qu'elle donne à Nicolas Sarkozy, elle tente manifestement d'établir un compromis gestuel. Elle transpose la méthode allemande de la poignée de main dans la manière française de faire la bise - de sorte que les joues remplacent les mains. Elle se penche en avant et presse étroitement son visage contre celui de Sarkozy. Que le président, qui
penche alors sa tête sur le côté en s'attendant à une gestuelle corporelle de bises envoyées à distance, soit quelque peu pris à l'improviste par le coup asséné, on peut s'en rendre compte à la façon dont il recule légèrement le haut du corps. Sa mine enjouée prend l'allure d'un masque. Son regard fixant le vide exprime l'effroi devant la mainmise de sa collègue. Peut-être n'est-il pas (inconsciemment) rassuré par la position de la main de la chancelière sur son épaule. Dans plusieurs scènes de films, on trouve là le point de départ d'un geste qui remonte jusqu'au cou pour se terminer par un étranglement. Peut-être cela lui rappelle-t-il, également de manière totalement inconsciente, l'histoire des attaques et des sièges par les Allemands."

L'autre recule. Regarde ailleurs. L'air de rien, elle l'a pris à son propre jeu. Qu'est-ce ? L'Empire contre-attaque ? N'y pourrait-on déceler un malin plaisir que prendrait la chancelière à battre sur son propre terrain le politicien mâle qui, il y a encore peu de temps, avait outré sa collègue d'outre-Rhin par ses accolades un peu brusques.
Tiens donc !

Dans son article, la journaliste n'exclue pas que l'attitude de Merkel ne soit qu'une tentative un peu gauche de se plier aux exigences du protocole:

"Ainsi, le geste passe à côté du but recherché. En effet, les deux chefs de gouvernement se sont rencontrés récemment à Paris, pour conclure l'agenda 2010, un nouveau programme de coopération franco-allemande. Ce qui semble y manquer, c'est une idée pour un protocole de salutation personnel, qui n'effraie pas la partie française et ne surmène pas la partie allemande."


En fait, le protocole et la façon dont il est exécuté peuvent en dire long sur les relations entre deux pays ou, du moins, sur la psychologie de leurs dirigeants.
  Au fil des mois, et sans éclat, Angela Merkel a désormais détourné à son avantage le protocole. Il suffisait d'y penser. Cela prouve au moins que, loin de se résigner à subir une situation qui l'irritait au plus haut point, elle a cherché à tirer son épingle du jeu et  le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle y est parvenue.

C'est tout un art, la diplomatie : faire bien attention de ne pas se faire botter en touche par l'adversaire, euh, pardon, le collègue, et donner l'impression d'être copains comme cochons sans se faire bouffer pour autant.

Dans la guerre des bises, les roses ont des épines.

Comme quoi, il est déjà loin, le temps où notre président, alors hôte de Mme Merkel en France, se risquait à décocher en conférence de presse un mémorable : "
La France agit, l'Allemagne réfléchit". À quoi Merkel, piquée au vif, avait répondu : "L'action et la réflexion peuvent aller de pair."

C'était le prélude à la "stratégie de la bise".

**Ursula März dans l'hebdomadaire Die Zeit-Magazin sur la tentative d'Angela Merkel de transposer la technique de la poignée de mains allemande  dans l'art français de la bise.

 

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