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19 octobre 2008 7 19 /10 /octobre /2008 17:13

Échappons-nous un peu en ces temps de crises...
Avant la paléontologie, ma passion c’est l’ornithologie. Profitons-en..!

Je ne me lasse pas d’admirer les surprenantes ocelles (taches en forme d’yeux) présentes sur le plumage de certains oiseaux. Les faisans portent les plus élaborées. 4 espèces sont illustrées dans cet article, toutes proches des paons.

Chez les éperonniers ( photo n°1, éperonnier chinquis, Polyplectron bicalcaratum ), des zones de la plume comportent des barbes légèrement incurvées qui forment une surface doucement bombée, bien visible sur la “coupe” ( j’ai séparé des barbes pour la photo n°2,  éperonnier napoléon, Polyplectron emphanum ). Des couleurs “structurales” (1) alliées à ce léger relief suffisent à créer les ocelles aux reflets changeants qui parsèment leur livrée.
Chez l’argus géant ( Argusianus argus, nommé d’après le géant Argus aux cent yeux, document n° 4 ), les plumes sont rigoureusement planes ( image n°3 ). Ce sont les motifs colorés qui reproduisent lumière et contre-lumière  du volume. Aucun phénomène structural ici, tous les tons sont pigmentaires (2).
Chez les paons enfin ( paon bleu, Pavo cristatus, document 5 ), un centre laisse voir le pigment noir, vite environné d’effets irisés, passant du bleu au violet, suivis d’un grand ovoïde pigmenté de beige frangé de grandes barbes ornementales, aux barbules vertes plus ou moins bronzées ( n° 6 ).
Notons que sans la présence des pigments noirs, les fines structures de kératine, bien visibles sur la septième photographie d’un paon blanc domestique, sont inopérantes, et la plume ne reflète que la lumière du jour, blanche.

Comment expliquer la venue de ces structures hyper complexes reproduisant le réel (des yeux) sur le corps d’un animal qui ne s’en rend même pas compte ?
Le mérite en revient à l’évolution qui agit à travers les femelles des espèces considérées. Celles-ci, sans le savoir bien sûr, cherchent le reproducteur ayant les meilleurs gènes... Comment le choisir ?
Par son plumage par exemple ; complexe, coloré ( il a trouvé suffisament de nourriture pour le produire ), fourni, brillant ( il a triomphé des maladies et des parasites), donc voyant et encombrant ( il a su éviter les prédateurs ). Chaque mâle de faisan étale devant ses partenaires potentielles ses ailes et sa queue (éperonniers ), ses ailes ( argus ) ou sa roue (plumes du dos chez le paon ), mettant en valeur ce qui n’étaient à l’origine que de simples taches contrastées ( voir les tragopans, autres faisans ). Leur nombre varie d’environ 150 pour les paons à plus de 500 pour les argus, en passant par les 300 de certains éperonniers.
La femelle est d’autant plus impressionnée que les plumes sont longues et les ocelles abondantes. Une course aux armements s’est enclenchée au fil des millions d’années : la lignée des faisans s’est lancée sur une pente dangereuse. La traîne du paon ou la queue de l’argus peuvent dépasser 1,50 m, et les rémiges des ailes de ce dernier atteindre 80 cm. Ces attributs sexuels secondaires pourraient finir par compromettre la survie des espèces. Les déplacements rapides et le vol, encore possibles pour ces animaux, deviennent plus malaisés quand la pluie imbibe le plumage ; les tigres aiment le paon mouillé (ou pas d’ailleurs ).

Qui sait jusqu’où iront les hasards de l’évolution si l’homme ne fait pas subir à ces volatiles le sort de l’argus biponctué ( s’il a existé ) dont on ne connait qu’un fragment de rémige provenant de la patrie d’origine d’un des argus si menacés.

                                                                      Le nain paléornithologue.
Photos de l’auteur.

(1) “Structural”, terme qui ne veut pas dire grand chose du point de vue physique, mais qui en ornithologie signifie qu’au dessus d’une couche renfermant un pigment noir qui absorbe la majorité des longueurs d’ondes, la structure de la plume comporte une couche formée de microlamelles qui piègent et réfléchissent les couleurs métalliques perçues par notre œil.
(2) Les pigments (matières colorées) absorbent toutes les ondes lumineuses exceptées celles que l’on voit, qui sont réfléchies
.

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commentaires

F
Merci, nain paléornithologue, de reprendre la plume.....<br /> car en ce moment, c'est à désespérer de vous lire, les nains d'orgue.....
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