Samedi 14 mars 2009
Dans la période de crise que nous vivons actuellement, tous les "experts" de l'économie et de la finance se précipitent pour nous expliquer frénétiquement pourquoi et comment nous en sommes arrivés là et quelles conséquences il nous faut  ou - pour les plus frileux - il faudrait en tirer. En effet, l'expérience récente nous a appris à nos dépens qu'un expert peut se révéler être un sage devant une boule de cristal. Un tel désastre économique, financier et au final, social, est manifestement une aubaine pour ces experts en tous genres. Cela dit, tous ne nous assènent pas des discours dérisoires, mais en fin de compte, pour le commun des Nains/Naines que nous sommes, une question ne tarde pas à nous tarauder : dans cette triste affaire, les mots ont-ils encore un sens ? Et si oui, que signifient ces mots nouveaux, dont la plupart ont fraîchement débarqué pour notre malheur dans notre vocabulaire de profanes, ces mots dont nous n'avions souvent aucune idée de leur existence, il y a seulement quelques mois ?

Dans un article paru dans l'édition no. 12 - mars 2009 - du magazine allemand
Die Zeit et intitulé Das Alphabet der Krise (L'alphabet de la crise), l'écrivain allemand Hans Magnus Enzensberger* nous montre que ces mots de la crise, qui eux-mêmes en égrènent les maux multiples, ont bien un sens, et qu'ils sont aussi brutaux que leur tonalité - que ce soit en allemand - dans le texte - ou ici dans leur traduction fran
çaise.

Ainsi, comme nous le dit Hans Magnus Enzensberger comme mise en garde, "l'économie produit son propre vocabulaire dont la brutale lisibilité qu'il affiche était jusqu'ici inhabituelle dans la branche financière."

Notre écrivain décapant continue  par une liste de ces mots à proprement parler "aberrants" et nous livre pour chacun son explication personnelle.

J'en citerai quelques-uns qui nous menacent d'overdose.


Ainsi, pour définir la prime à la casse (die Abwrackprämie), il nous dit qu'il s'agit d'une récompense pour la destruction d'objets de consommation, que la prime versée à son bénéficiaire n'est autre que celle qu'il avait versée lui-même en tant que contribuable. Que la prime à la casse s'applique également aux banques insolvables qui, elles-aussi, partent à la casse, mais que dans ce cas, la prime est attribuée en tant que bonus aux managers qui ont pourvu à la faillite.

Pour ce qui est des désormais célèbres Bad Banks, terme passé entre-temps dans la langue courante de tous les pays, Enzensberger parle dans leur cas d'un "néologisme qui rappelle la tirade sur les moutons noirs et qui ne laisse pas entrevoir s'il existe aussi des banques au sein desquelles prospère le Bien."

Si vous cherchez encore un conseiller (der Berater), sachez, selon l'écrivain, que vous aurez affaire à "un employé de banque qui avance tout autant dans le brouillard que ses clients, mais qui, lui au moins, tant que le chiffre d'affaires est au beau-fixe, gagne de l'argent avec, au lieu d'en faire les frais."

Quant au fameux paquet (das Paket), rendu célèbre en France par le fameux "paquet fiscal" instauré par notre président, il s'agit d'une marchandise encombrante qui, tel Noël qui sonne à la porte, est apportée bien ficelée et acheminée partout.

Le mot produit (das Produkt), somme toute un mot banal, est souvent associé dans le contexte économique à l'adjectif "innovant", le ramenant ainsi à n'être qu'un "produit imaginaire de toute branche qui est fière de ne rien produire."

Lorsque Enzensberger s'attaque au concept grandiose d'économie réelle, appelée souvent aussi "Realéconomie" (die Realwirtschaft), il nous apprend avec férocité que l'on parle d'une "économie réelle" ou d'une "Realéconomie" pour la distinguer de son contraire, à savoir une économie [Ökonomie], qui s'occupe avant tout de fictions."

Et que dire du management du risque (das Risikomanagement),  sinon qu'"il sert, non à limiter les effets collatéraux, mais à les augmenter. Aucun mode d'emploi n'est prévu. Médecins ou pharmaciens ne font pas partie du personnel."

Et nous voilà arrivés sans crier gare à un terme qui déclenche d'habitude la polémique partout, en France comme ailleurs. Il s'agit de  l'étatisation (die Verstaatlichung). Que nous dit Enzensberger, sinon que l'étatisation est cet "idéal des partis communistes que les grandes banques supplient d'obtenir à leur profit."

Dans ce monde cruel de la finance où tout s'en va à vau-l'eau, que reste-t-il de ce noble sentiment sur lequel reposait jusqu'ici notre système économique et financier? Je veux parler de la confiance, évidemment. Eh bien, nous apprenons brutalement que nous nous sommes fait berner. En effet, selon Enzensberger, la confiance (das Vertrauen), dans ce monde de brutes, ce n'est qu'un "sentiment dont on s'arrache les faveurs, parce qu'une autre sensation, la méfiance (das Mißtrauen), s'est avérée profitable."

Et comme tout finit toujours par des questions, il n'en reste qu'une, toujours la même :
"étonnant, non ?"**

* Cliquer sur le nom de Hans Magnus Enzensberger pour lire l'interview paru dans "l'Orient littéraire" du journal en langue française L'Orient Le Jour
**Citation empruntée à
Pierre Desproges

Par Naine économe - Publié dans : société
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Jeudi 12 mars 2009

On s’en doute : la connaissance ne s’acquier pas en un jour...
Au temps des expéditions qui décimaient la faune pour les cabinets de curiosités les musées, on recevait beaucoup de cadavres séchés (“mises en peau”) ou naturalisés. Les Indigènes savaient que les Occidentaux, friands de nouveautés, achèteraient même de faux animaux que je ne montrerai pas ici*.
Mais quand il faut présenter au public ces animaux exotiques, restituer les couleurs des parties molles ou des yeux, retrouver les positions ou les habitats naturels devient un défi. Il faut faire des choix.

Ces brèves grenadines (1) sont forestières, et n’houspilleraient pas un nocturne en plein air au bord d’une falaise ailleurs que dans cette monographie sur les oiseaux asiatiques de la 2 ème moitié du XIX ème siècle.

Cet épimaque de Meyer (2) paradant dans un ouvrage sur les paradisiers vers 1891, n’a pas la bonne posture. La vraie (3) , avec les plumes des flancs remontées au dessus de la tête, est illustrée ici par William T. Cooper plus de cent ans plus tard...

Ne croyons cependant pas que cette méconnaissance soit l’apanage de nos aînés...
Des approximations existent au siècle dernier ; l’exemple est ici le mâle de l’outarde canepetière dont la septième rémige primaire est raccourcie (4) .
Dans un guide d’identification de 1987 (5) , ce détail n’est pas mentionné, peut-être jugé sans importance pour la reconnaissance de cet oiseau menacé. Pourquoi alors ne pas schématiser ? Au moins, ce ne serait pas faux, ce serait clair, plus simple à dessiner. Mais les “ornithos” achèteraient-ils un tel livre ? Personne n’a essayé, je crois...

Comment réalise-t’on ces (jolis) dessins ?
À la prochaine !

                                                   Le nain paléoiconornitholphile.

* Notons quand même qu’en 1798 les savants ne crurent pas à l’existence de l’ornithorhynque, habitués qu’ils étaient aux torses de singes habilement cousus aux queues de poissons pour faire des sirènes ou d’autres joyeusetés...

(1) John Gould et William Hart, dans Peintres et illustrateurs d’oiseaux, 1991, Abbeville Press.
(2) William Hart, idem.
(3) The birds of paradise, 1998, Oxford University Press.
(4) Hylary Burn dans le Guide encyclopédique des oiseaux du Paléarctique occidental, 1998, Nathan.
(5) Les oiseaux d’Europe, Delachaux et Niestlé. Dessinateurs non différenciés par planche.

Par Le nain paléoiconornithophile - Publié dans : Arts
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Mardi 10 mars 2009

                                         Objectifs différents...

La peinture animalière est différente du dessin animalier d’identification.
Elle a précédé tout art pictural connu. Des parois des grottes à nos jours, la précision naturaliste des représentations est frappante, à condition que les animaux ne soient pas le sujet principal de l’œuvre.

Ce détail (1) du Christ au Mont des Oliviers du XIV ème siècle montre un chardonneret élégant, un bouvreuil pivoine et une huppe fasciée, aisément reconnaissables ; normal : ils ne sont là que pour la décoration, comme dans les tombeaux égyptiens.
Au contraire, ce pélican blanc (2) tiré du Bestiaire Ashmole de 1511, est idéalisé. C’est que, comme toute figure centrale, il cristallise la vision que l’artiste veut exprimer dans son travail et les codes de représentation de sa société.
Ici, l’oiseau n’a d’intérêt que pour l’exemplarité de son comportement, qui nous enseigne les voies du Seigneur : il se sacrifie pour nourrir ses enfants, privilégiant sa famille (3).
L’enlumineur n’a cure de son aspect réel ; aurait-il vu un pélécanidé qu’il l’aurait quand même traité dans le style gothique du moment...

Avec le recul de la religion, les Lumières et la Révolution, on cherchera à décrire le monde sans y voir obligatoirement les desseins du Créateur. Cela peut donner des résultats comiques.
Ce grèbe à bec bigarré (4) nous montre son pied lobé si caractéristique, dans une position peu naturelle.
On distingue chez ce ridicule émeu d’Australie (5) les moignons d’ailes cachés sous des plumes étonnantes, à l’hyporachis aussi développé que le rachis, détaillées sur la gauche.
Car le dessin dit plus que les apparences (la photo d’aujourd’hui) : il est indépendant des aléas du clair-obscur, du flou, des individus peu emblématiques de l’espèce considérée, des parties cachées ou des couleurs changeantes (mais pas des maladresses des auteurs).
Nos guides de terrain utilisent ces qualités qui doivent permettre à l’observateur de comparer, dans les mêmes conditions, les formes, tailles (grâce à l’échelle relative des dessins dans la planche), couleurs et maints détails de chaque espèce présente dans le pays ou le milieu étudiés.
Quand on sait que le Pérou compte près de 1800 oiseaux différents ou la Colombie 1700, on comprend que dans une des pages consacrées aux tyrants (6) , on frise la surcharge, et le désastre si le dessinateur n’est pas bon (ce n’est pas le cas ici...) ; pareil dans une monographie.

Pas possible de se permettre des erreurs comme celles que nous pointerons la prochaine fois.


                                                      Le nain paléoiconornithophile.


(1) Maître de Vyssi Brod, Galerie nationale de Prague.
(2) Fac simile de 1988 aux éditions Philippe Lebaud.
(3) Saura-t’on jamais quels symboles figuraient les chevaux ou les bisons aux corps hypertrophiés des grottes d’Europe occidentale ?
(4) Mark Catesby, milieu du XVIII ème, dans  Peintres et illustrateurs d’oiseaux, 1991, Abbeville Press.
(5) Georges Raper, 1791, dans Les oiseaux, 2004, Mengès.
(6) Guy Tudor dans Birds of Colombia, 1986, Princeton.

Par Le nain paléoiconornithophile - Publié dans : Arts
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Lundi 9 mars 2009
... ces sensations contradictoires mêlées à la fois de plénitude et de manque que l'on ressent immanquablement chaque fois que l'on revoit certains films. C'est le cas pour moi avec ce film d'Elia Kazan, On the Waterfront (Sur les Quais) : je le trouve fascinant. Un peu comme pour  Mort à Venise *de Visconti, une expression me semble résumer le poids qu'ils portent et dispersent sur leurs spectateurs : humain, trop humain....
Les mots peuvent manquer, mais en somme, il suffit de regarder le film pour comprendre...

Un extrait:



Un film gravé sur l'écran... ces films que l'on aimer voir et revoir avec le plaisir toujours renouvelé d'admirer les acteurs Karl Malden, Rod Steiger, Lee J. Cobb, Eva Marie Saint et Marlon Brando en train de donner le meilleur de leur art. Films qui redeviennent éternels à chaque fois que des yeux se posent sur eux. Ils sont rares, mais plus nombreux qu'on ne pense...
Cinéma, cinéma. Du grand cinéma !

Références:
link  et voilà : j'ai fini par le placer !
** Film inspiré du roman de Thomas Mann, Der Tod in Venedig
Par Naine cinéphile - Publié dans : Cinéma
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