Dans un article paru dans l'édition no. 12 - mars 2009 - du magazine allemand Die Zeit et intitulé Das Alphabet der Krise (L'alphabet de la crise), l'écrivain allemand Hans Magnus Enzensberger* nous montre que ces mots de la crise, qui eux-mêmes en égrènent les maux multiples, ont bien un sens, et qu'ils sont aussi brutaux que leur tonalité - que ce soit en allemand - dans le texte - ou ici dans leur traduction française.
Ainsi, comme nous le dit Hans Magnus Enzensberger comme mise en garde, "l'économie produit son propre vocabulaire dont la brutale lisibilité qu'il affiche était jusqu'ici inhabituelle dans la branche financière."
Notre écrivain décapant continue par une liste de ces mots à proprement parler "aberrants" et nous livre pour chacun son explication personnelle.
J'en citerai quelques-uns qui nous menacent d'overdose.
Ainsi, pour définir la prime à la casse (die Abwrackprämie), il nous dit qu'il s'agit d'une récompense pour la destruction d'objets de consommation, que la prime versée à son bénéficiaire n'est autre que celle qu'il avait versée lui-même en tant que contribuable. Que la prime à la casse s'applique également aux banques insolvables qui, elles-aussi, partent à la casse, mais que dans ce cas, la prime est attribuée en tant que bonus aux managers qui ont pourvu à la faillite.
Pour ce qui est des désormais célèbres Bad Banks, terme passé entre-temps dans la langue courante de tous les pays, Enzensberger parle dans leur cas d'un "néologisme qui rappelle la tirade sur les moutons noirs et qui ne laisse pas entrevoir s'il existe aussi des banques au sein desquelles prospère le Bien."
Si vous cherchez encore un conseiller (der Berater), sachez, selon l'écrivain, que vous aurez affaire à "un employé de banque qui avance tout autant dans le brouillard que ses clients, mais qui, lui au moins, tant que le chiffre d'affaires est au beau-fixe, gagne de l'argent avec, au lieu d'en faire les frais."
Quant au fameux paquet (das Paket), rendu célèbre en France par le fameux "paquet fiscal" instauré par notre président, il s'agit d'une marchandise encombrante qui, tel Noël qui sonne à la porte, est apportée bien ficelée et acheminée partout.
Le mot produit (das Produkt), somme toute un mot banal, est souvent associé dans le contexte économique à l'adjectif "innovant", le ramenant ainsi à n'être qu'un "produit imaginaire de toute branche qui est fière de ne rien produire."
Lorsque Enzensberger s'attaque au concept grandiose d'économie réelle, appelée souvent aussi "Realéconomie" (die Realwirtschaft), il nous apprend avec férocité que l'on parle d'une "économie réelle" ou d'une "Realéconomie" pour la distinguer de son contraire, à savoir une économie [Ökonomie], qui s'occupe avant tout de fictions."
Et que dire du management du risque (das Risikomanagement), sinon qu'"il sert, non à limiter les effets collatéraux, mais à les augmenter. Aucun mode d'emploi n'est prévu. Médecins ou pharmaciens ne font pas partie du personnel."
Et nous voilà arrivés sans crier gare à un terme qui déclenche d'habitude la polémique partout, en France comme ailleurs. Il s'agit de l'étatisation (die Verstaatlichung). Que nous dit Enzensberger, sinon que l'étatisation est cet "idéal des partis communistes que les grandes banques supplient d'obtenir à leur profit."
Dans ce monde cruel de la finance où tout s'en va à vau-l'eau, que reste-t-il de ce noble sentiment sur lequel reposait jusqu'ici notre système économique et financier? Je veux parler de la confiance, évidemment. Eh bien, nous apprenons brutalement que nous nous sommes fait berner. En effet, selon Enzensberger, la confiance (das Vertrauen), dans ce monde de brutes, ce n'est qu'un "sentiment dont on s'arrache les faveurs, parce qu'une autre sensation, la méfiance (das Mißtrauen), s'est avérée profitable."
Et comme tout finit toujours par des questions, il n'en reste qu'une, toujours la même :
"étonnant, non ?"**
* Cliquer sur le nom de Hans Magnus Enzensberger pour lire l'interview paru dans "l'Orient littéraire" du journal en langue française L'Orient Le Jour
**Citation empruntée à Pierre Desproges
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sont forestières, et n’houspilleraient pas un nocturne en plein air au bord d’une falaise ailleurs que dans cette monographie sur les oiseaux asiatiques de la 2 ème moitié du
XIX ème siècle.
paradant dans un ouvrage sur les paradisiers vers 1891, n’a pas la bonne posture. La vraie (3)
, avec les plumes des flancs remontées au dessus de la tête, est illustrée ici par William T. Cooper plus de cent ans plus tard...
.
, ce détail n’est pas mentionné,
peut-être jugé sans importance pour la reconnaissance de cet oiseau menacé. Pourquoi alors ne pas schématiser ? Au moins, ce ne serait pas faux, ce serait clair, plus simple à dessiner. Mais les
“ornithos” achèteraient-ils un tel livre ? Personne n’a essayé, je crois...
du Christ au Mont des Oliviers du XIV ème siècle montre un chardonneret élégant, un bouvreuil pivoine et une huppe fasciée, aisément reconnaissables ; normal
: ils ne sont là que pour la décoration, comme dans les tombeaux égyptiens.
tiré du Bestiaire Ashmole de 1511, est
idéalisé. C’est que, comme toute figure centrale, il cristallise la vision que l’artiste veut exprimer dans son travail et les codes de représentation de sa société.
nous montre son pied lobé si caractéristique, dans une position
peu naturelle.
les moignons d’ailes cachés sous des
plumes étonnantes, à l’hyporachis aussi développé que le rachis, détaillées sur la gauche.
, on frise la surcharge, et le désastre si le dessinateur n’est pas bon (ce n’est pas le cas ici...) ; pareil
dans une monographie.
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