Ne faisons pas l’erreur, à chaque fois que
quelqu’un pense différemment, de douter de sa raison ou de sa bonne volonté*. (Otto von Bismarck- 01.04.1815 -
30.07.1898)
Nous assistons en ce moment à une manipulation éhontée des esprits par
les médias comme par certains responsables politiques (MM. Fillon et Juppé pour ne pas les nommer) qui utilisent abusivement le terme de « germanophobie » pour accuser tout
politicien– de préférence socialiste – osant critiquer la politique de la chancelière allemande et de son gouvernement dans l’affaire de la crise financière européenne, d’attiser la germanophobie
des Français.
Et moi qui croyais encore que la germanophobie ne s’use que si l’on ne
s’en sert pas !
Soyons sérieux : arrêtons de confondre l’Allemagne avec son
gouvernement, comme si critiquer Merkel équivalait à discréditer les Allemands !
Devrait-on, de la même manière, assimiler la France à son président,
qui représente, certes, son pays à l’étranger depuis près de cinq ans, mais d’une façon dont beaucoup de Français expatriés se seraient bien passé, notamment au début de son quinquennat (cf.
des articles précédents) ?
Et si on pousse l’analyse jusqu’à l’absurde, on pourrait en
déduire que critiquer la politique de rigueur toute libérale de sa chancelière CDU (centre droit) quand on est Français, équivaudrait à faire preuve d’anti-germanisme primaire ?!
Ainsi, lorsque les politiciens allemands de la SPD (social-démocratie)
et pas seulement eux (plus d’un politicien de la CDU a pu lever les yeux au ciel ces dernières années devant certaines déclarations de notre génial président) critiquent la politique du président
français, devrait-on les accuser de comportement anti-français ? Mais où va-t-on ? N’avons-nous plus le droit de critiquer la politique d’un gouvernement de quelque pays voisin sans
être soupçonné de raviver un nationalisme primaire ?
Un grand pays ne se dirige pas en fonction des
partis. (Otto von Bismarck)
Certes, la comparaison de Merkel avec Bismarck, commise par Montebourg,
opportuniste à souhait, était assez cavalière, mais s’il avait parlé de Cameron, il aurait dit qu'il fait une politique à la Thatcher (un Thatcher soft, dit-on déjà) et personne
n’aurait trouvé à redire. Quand Montebourg reproche à Merkel de faire une politique à la Bismarck, il parle de la politique de Merkel et de
son camp, la CDU, pas de l’Allemagne et des Allemands en particulier! Qu’il joue inconsciemment sur l’image provoquée, je l’en crois tout-à-fait
capable. Cela lui ressemblerait fort bien. Mais, d’une part, l’expression «à la Bismarck » est-elle plus choquante que « à la Thatcher » (qui a laissé de très mauvais souvenirs à toute une génération, dont la mienne)," à la Sarkozy" ou "à la Berlusconi", chacune faisant référence à un comportement et à des valeurs –ou
un manque de valeurs – précis qui leur étaient ou sont propres à chacun?
Là où Bismarck m'inquiète, c'est quand il affirmait, avec l'expérience
qui était la sienne:
Lorsqu' un pacte, aussi inoffensif qu’il puisse paraître, est conclu quelque part entre deux puissances, il faut immédiatement se demander qui est celui qui, dans cette affaire,
doit être exécuté. (Otto von Bismarck)
On peut se demander quel est le but poursuivi par les politiciens de
droite et les médias qui les suivent ou même les devancent dans certains cas (les politiciens sont plutôt du genre réactif de nos jours, et moins proactifs…), si ce n'est de réveiller eux-mêmes
un sentiment anti-allemand qui sommeillait dans l'inconscient collectif et qui ne s'était pas encore manifesté jusque-là. Et si demain, un socialiste français critique Cameron et sa politique à
la Thatcher, faudra-t-il redouter une nouvelle guerre de cent ans?
On connaît la chanson.
Les médias, tiens, parlons-en !
À l’instar du premier ministre, qui se targue de donner des leçons de
vocabulaire – ce qu’on doit et ne doit pas dire – à ses opposants, les médias exploitent l’image de Bismarck comme si l’on avait comparé Merkel au diable.
Irresponsables et naïfs.
Pour deux raisons :
Et d’une : demandez dans la rue aux gens qui est Bismarck, je gage
que vous allez bien rigoler en écoutant les réponses !
Alors comme cela, on n’a plus le droit de critiquer la politique d’un
dirigeant étranger, qu’elle soit à la Bismarck ou à la Napoléon (ces deux-là avaient manifestement plus d’un point en commun), sans être suspecté d’acte de haute trahison anti-étranger.
Soit-dit en passant, on peut à raison critiquer Bismarck et sa
politique d’expansion au détriment de la France dans le cadre de la création de l’empire germanique /1er Reich), mais en son temps, Napoléon n’avait pas laissé non plus que de bons
souvenirs au-delà du Rhin…
D'ailleurs, cela me rappelle qu’après l’élection de notre vénéré
président, le magazine Stern avait titré en couverture la semaine suivante : le nouveau Napoléon (photo de Sarkozy avec le célèbre couvre-chef
sur la tête, bien sûr). Et la photo faisait bien rire les Allemands de ma connaissance. Disons-le, ils ne croyaient pas au nouveau Napoléon, mais ils trouvaient que dans la comparaison,
« il y avait un peu de cette aspiration ». Mais aucun politicien allemand n'a fait de procès au Stern pour acte de ridiculisation de la France, le grand pays ami.
Et puis, pour notre premier ministre, si je comprends bien, il y a
étranger et étranger. On pourrait comme cela expulser les Roms et autres indésirables de tous horizons et trouver que « quand il y en a trop » (dixit M. Hortefeux), cela créerait des
problèmes, mais on ne peut pas impunément critiquer la politique d'une dirigeante du pays voisin en la comparant à un de ses illustres ancêtres politiques. Je tenais l’expression « à la Bismarck » pour une simple expression imagée et je me demande même si Angela Merkel n'a pas été flattée de la comparaison, elle à qui on a
reproché si longtemps son indécision. En effet, ayant lu les mémoires de Bismarck, j’ai constaté qu’il était non seulement un assez bon écrivain, mais qu’en plus, il faudrait être de
mauvaise foi pour lui contester le titre de grand homme politique parfois même visionnaire, d’ailleurs. Rappelons par exemple que c’est bien sous Bismarck qu’est née la sécurité sociale, à une
époque où la France était bien un désert sur le plan des acquis sociaux.
En effet : "en 1883
Bismarck a introduit l'assurance-maladie, en 1884, l'assurance-accidents et à partir de 1889, les salariés ont pu, pour la première fois, s'assurer légalement contre les conséquences
du vieillissement et de l'invalidité. Au cours des années suivantes, le système social a été continuellement renforcé : en 1912, a été créée une assurance sociale pour les employés, en
1927, l'assurance chômage est entrée en vigueur." (4)
Les médias, de leur côté, utilisent l’image et la comparaison avec
Bismarck pour faire croire aux Français qu’il s’agit de tout autre chose que d’une comparaison en matière de style politique. Mais je répète : c’est bien la politique de Merkel qui, est
visée parce que, pour des raisons électorales et à cause de la CDU qui irait encore bien plus loin qu’elle dans la ligne dure au sein de l’Europe, elle doit d’un côté ménager la chèvre et le chou
à l’extérieur, et pour des raisons électorales aussi, se croit obligée de se montrer intraitable dans son pays.
On ne ment jamais autant qu’avant les
élections, pendant la guerre et après la chasse (Otto vonBismarck). (5)
Faut-il encore rappeler que l’Allemagne est un pays démocratique
–depuis 1945 tout-de-même et que Merkel et la CDU ne prennent les décisions pour leur pays que parce qu’ils sont – encore – au pouvoir, ayant été démocratiquement élus jusqu’en 2013. A cette
date, il se pourrait bien que la SPD, frère politique du PS français, revienne au pouvoir. Avec peut-être Peer Steinbrück comme chancelier. Qui n’est pas, paraît-t-il, le meilleur ami de notre
président…
Quant au nationalisme des Allemands dont a parlé un responsable
socialiste peu inspiré, comme dans tous les pays européens, il existe d’une certaine manière, notamment depuis la réunification, mais, à ma connaissance, il n’a rien à envier à notre défunt
ministère de l’Identité nationale dont nous avaient affublés en leur temps les zélés de la Sarkozie. Et C'était là une entreprise qui, à l’époque, avait d’ailleurs, énormément choqué les
Allemands. À juste titre. On m’avait fait remarquer plusieurs fois que si c’étaient les Allemands qui avaient pris l’initiative d’un tel ministère, les Français auraient crié au retour du
nationalisme allemand …et, auraient-ils pu ajouter, d’une Allemagne à la Bismarck !!!!!!! Tiens, tiens…
Plus nous sommes forts, plus une guerre est
improbable. (6)
Bref, cette prétendue « germanophobie » s’apparente à une
tempête dans un verre d’eau, mais que les médias savent secouer jusqu’au ras-le-bol des auditeurs, lecteurs et téléspectateurs français.
Misère.
La meilleure réponse à cette agitation bien familière du microcosme
médiatique et politique français nous est a été donnée par l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt, dans son discours lors du congrès du SPD, lundi 05 décembre 2011 (lire la traduction dans
un autre article à venir).
(1)Verfallen wir nicht
in den Fehler, bei jedem Andersmeinenden entweder an
seinem Verstand oder an seinem guten Willen zu zweifeln.
(2) Ein großer
Staat regiert sich
nicht nach Parteiansichten.
(3) Wenn irgendwo
zwischen zwei Mächten ein noch so harmlos aussehender Pakt geschlossen wird, muss man sich sofort
fragen, wer hier umgebracht werden soll.
(5) Es wird niemals so viel gelogen wie vor der Wahl, während des Krieges und nach der Jagd.
(6) Je stärker wir
sind, desto unwahrscheinlicher ist der Krieg.
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